Ibid
feu; atmosphère enflammée où la chaleur qui tombe du ciel se double de celle que réfléchit le sol ; calme plat où l'on étouffe sans pouvoir respirer. Si le vent souflle de la côte, il arrive tout chargé des ardeurs des grèves qu'il a traversées et bride comme la gueule d'un four. S'il tombe des montagnes, il soulève en tourbillons la poussière qui pénètre partout, jusque dans les coff'res les mieux fermés. S'enfonce-t-on sous bois pour avoir un peu d'ombre, on se déchire les jambes aux épines. Si l'on part de grand matin pour éviter les rayons du soleil, il faut subir, de 4 à 6 heures, une rosée abondante, malsaine pendant plusieurs mois de l'année'.
Au temps des pluies, les chaleurs sont moins intolérables, mais les averses multipliées transforment les plaines en océan de boue, et les rivières en torrents-. C'est durant cette saison qu'eut lieu le fait suivant rapporté au procès de 16J() par le Paraver Louis Fernandez : « Mon père était canacapole de l'église de l'Assomption à Vaipar. Le Père François vint prêclier jusque là... C'était au printemps. Voulant repartir, il monla sur une barque pour traverser un cours d'eau lequel était alors profond, débordé, et se précipitait vers la mer avec furie. Mon père, François Fernandez, voulut l'accompagner et monta avec lui. Xavier lui ordonna de descendre et de rester à terre, puis il regarda ailleurs, songeant aux choses de Dieu, et la barque fila droit devant elle. Arrivée au milieu du courant, déjà elle entrait dans la mer, quand François, regardant en arrière, vit mon père qui ne lui avait pas obéi, et qui était dans la barque. «Pourquoi n'êtes-vous pas descendu ? lui dit-il. — J'ai craint la rapidité du fleuve, répondit mon père. — Ne craignez rien, reprit Xavier. » 11 le bénit d'un signe de croix, et lui enjoignit de descendre et d'aller à terre. Mon père le fit, sauta dans l'eau, et, tout à coup, sans savoir comment, se trouva transporté sur le rivage. Il tenait cela pour un vrai miracle-'. »
1. D'après les lettres du Père Martin, 30 jonv. 1G99 et I" juin \100[Leltre» idif. et curieuses, Indes, p. 296) et du Père Balt. da Costa, 1663 (Bertra.nd, Maduré, t. III, p. 3-5).