Lettres des noufelles missions du Maduré, t. I, p
3. Process. 1G10, n. 81. Le canacapole (canacapillai, scribe, comptable. Cf. Yule and BuRNELL, Gloisary, au mot Conicopoly) était le catéchiste, maître d'école, surveillant du yillagfe.
Aux journées ou aux nuits de marche succédaient les journées de labeurs. Dès le matin, ses heures et sa messe dites, le saint allait par le village suivi d'un enfant, la croix à la main. Y avait-il des morts à ensevelir, des malades à assister, des nouveaux-nés à baptiser, des adultes qui voulussent se convertir? Sur les malades il récitait un évangile, sur les défunts il récitait l'office des morts. Pendant ce temps, son compagnon réunissait les enfants pour la doctrine. Souvent lui-même allait, agitant sa clochette et groupant ses auditeurs. Le catéchisme du matin achevé, il rentrait dans sa paillotte, priait et se reposait un peu pendant qu'on lui préparait son repas i.
Que pouvait être sa nourriture ? Le pays était sans ressources, et tel missionnaire déclarait, plus tard, qu'en ce genre le Maduré avait dépassé son attente. Il savait, en y arrivant, qu'il n'y trouverait ni pain, ni viande, ni œufs, ni vin autre que celui de la messe. Mais c'était peu au prix de la réalité. Une eau boueuse prise à l'étang où se lavent hommes et bétes, des herbes et légumes insipides ou amères, du beurre répugnant tant il est mal préparé, du riz à l'eau, rarement quelques fruits, raves ou concombres"^. Xavier devait avoir d'autant moins de mal à s'en contenter que, même en pays européen, à moins que la politesse n'exigeât le contraire, jamais il ne se permettait ni viande, ni vin. Il ne faisait qu'un repas par jour. « Parfois, en vingt-quatre heures, nous dit le Père de Quadros, il ne mangeait pas pour deux quatrini de pain^. » A la Pêcherie, il mendiait le peu qu'il lui fallait. On nous le représente faisant parfois sa cuisine lui-même et mangeant mêlé aux enfants. C'était du poisson mal apprêté, et le plus souvent, du riz, riz à l'eau, riz au lait caillé, et, les jours de régal, quelques gâteaux de riz*.
La soirée se passait à donner audience aux chrétiens, à répondre à leurs difficultés, à trancher leurs différends. Autre mortification, car l'Indien n'est jamais pressé, il ignore le prix du temps: il faut se résigneravec lui àdes préambules sansfin et à un flux de paroles interminables. Le soir encore, second
1. Process. 1556, Baçaim, n. 3 (cf. Gros, I, 437); Valignano, p. 48.
2. Lettres idif. et curieuses^ Indes, 1" juin 1700, p. 296 (P. Martin).