II. — Le thaumaturge
Saint François Xavier fut-il le thaumaturge que décrit la bulle de canonisation? Est-il vrai, comme l'afTirme Urbain VIII, que les « signes et prodiges par lesquels le Seigneur confirma la parole des apôtres, dans les premiers temps de l'Eglise naissante, sa miséricorde les renouvela, pour l'accroissement de cette autre famille, sous la main de son serviteur François^ »?
Les adversaires du surnaturel catholique, protestants et rationalistes, l'ont souvent nié, et ils se sont fait un argument du silence gardé, disent-ils, par le missionnaire sur ses prétendus miracles. Argument étrange : si vraiment Dieu a départi à ses saints pareil pouvoir, c'est qu'ils étaient humbles profondément. Or cette humilité ne pouvait que leur fermer la bouche. En fait, ou bien ils semblent ne pas voir les prodiges qui leur coulent des mains, ou ils ont, pour les interpréter, des explications qui font sourire. Ce qu'on leur attribue déconcerte l'idée qu'ils se font d'eux-mêmes.
Mais leur silence est-il aussi absolu qu'on le dit? Saint Bernard parle de ses miracles et s'en inquiète^. Pour lui, Xavier nous a, par deux fois, fait ses confidences. Il est vrai, elles sont ce qu'elles pouvaient être de sa part, involontaires et indirectes. Elles rejettent sur la foi des miraculés ce que nous attribuons à ses mérites. Déjà nous l'avons entendu nous raconter luimême comment, pour amener un village au christianisme, il délivra, par une simple prière, une femme qui se mourait en mal d'enfant; et, cette guérison, il la donnait comme miracle.
Ailleurs (lettre du 15 janvier 1544), il constate qu'il se fait
1. Bulle Rationi conjqriiit, 1623. Voir, t. Il, kVAppendice, un complément de discussions sur les miracles du saint.