avril
%. Gros, t. I, p. 246 (P. Sébastien Gonçalvez). h. Epistolae mixtae^ t. I, p. 98.
■6. Gros, loc. cit.
chrétiens de Socotora. Le roi pouvait, disait-il, sans plus de frais, enjoindre à la flotte de croiser parfois dans les parages de l'île. 11 n'en faudrait pas plus pour mettre à la raison le tyran musulman qui opprimait les pauvres chrétiens ^ Ces deux lettres sont perdues; mais il nous reste la longue épître destinée aux Pères de Rome et qu'il savait devoir être communiquée à toute la Compagnie.
Il y racontait ses travaux au cap Comorin. Tout à coup il s'interrompt. Au moment où il écrit, il revient dans sa mission, préoccupé de l'immense travail qui s'impose et du petit nombre des ouvriers. Tant d'âmes périssent ici, et, en Europe, tant de gens d'Eglise vivent inutiles! Sa pensée se reporte vers les universités. « Que de fois, s'écrie-t-il, l'envie m'a pris d'aller à travers les écoles, là-bas, et, à grands cris, comme hors de sens, dans cette université de Paris, en pleine Sorbonne, de crier à ces docteurs qui gardent pour eux leur science, combien d'âmes ici manquent leur ciel et vont en enfer par leur négligence à eux! Tandis qu'ils étudient les lettres, que ne songent-ils à étudier le compte que Dieu leur demandera de leur talent? Ils se laisseraient toucher... ils chercheraient dans les Exercices spirituels la volonté de Dieu... ils lui diraient : « Domine ecce adsiuu, quid mcvisfacere? mitte me quo vis^ et si expedit^ etiam^ ad [ndos'^.y> J'avais presque pris la résolution d'écrire à l'Université de Paris, au moins à notre maître de Cornibus et au docleur Picard^, qu'il y a des millions et des millions d'infidèles qui se feraient chrétiens si les ouvriers ne manquaient pas; pour qu'ils se missent à découvrir et à favoriser les personnes qui «o/? qaaeriint quae sua siifit, sed quae Jesu Christi^. »
; 1. Ori.andini, Hisl. Soc. Jesu, p. I, 1. III, n" 88.
2. « Seigneur, me voici, que voulez-vous que je fasse? Envoyez-moi où vous voulez, et «il le faut, même aux Indes. »
3. Maître Cornet, cordelier, grand prédicateur, qui en plusieurs occasions prit à Paris la défense doa Jésuites. — François le Picart, docteur en théologie, autre ami de la Compagnie (PoLANCO, I, p. 94. Epiât. Mixtae, I, p. 69).
'/, Mon. Xao., p. 286. « Ceux qui cherchent non leurs intérêts, mais ceux de Jésus- Christ. )•
Celte lettre à l'université do Paris fut-elle jamais écrite 1 Un conseiller et auditeur de Navarre, qui pour lors étudiait à Paris, Jean de Rada, affirme lavoir lue et s'en être procuré une copie. Beaucoup d'autres en avaient fait autant (Mon. A'flf., p. 30H, note). Que sont devenues ces copies ? N'y a-t-il pas eu confusion ? N'a-t-on pas pris pour lettre à l'université la lettre aux Pères de Rome qui fut imprimée à Paris vers ce temps-là?
il est intéressant dénoter que, cent ans plus tard, le bienheureux Jean Eudes, au cours
Ces plaintes échappées à son cœur d'apôtre, Xavier revient un instant à son récit. Il parle du gouverneur, du collège, des brahmes. Puis, une seconde fois, il s'interrompt ; c'est pour faire une confidence et revenir au sujet qui lui tient à cœur : « Je n'ai plus rien à vous écrire sur ces pays, si ce n'est qu'elles sont grandes les consolations que Dieu Notre-Seigneur communique à ceux qui vont parmi les infidèles pour les convertir à la foi de Jésus-Christ. S'il y a une joie en cette vie, c'est bien celle-là qu'on peut désirer. 11 m'arrive souvent d'entendre dire à une personne qui vit parmi les infidèles : O Seigneur, faites trêve à vos consolations. Ou, puisque votre infinie bonté et miséricorde veut les répandre, appelez-moi à votre sainte gloire. Car c'est une grande souflTrance que de vivre sans vous, une fois que vous vous êtes communiqué intérieurement à votre créature... Oh! si ceux qui étudient se donnaientautantde mal pour se disposer à jouir de pareilles joies qu'ils s'en donnent nuit et jour pour acquérir la science ! Oh ! si le plaisir que l'étudiant cherche à comprendre ce qu'il étudie, il le cherchait à enseigner au prochain la science de ce qui est nécessaire pour connaître et servir Dieu, comme il serait consolé, comme il serait prêt au jour où il faudra rendre ses comptes, lorsque le Christ lui dira : « Redde rationem vilLicationis tuae '. »
Arrivé au terme de sa lettre et sur le point de conclure, Xavier nepeut maîtriser le flot de charité qui gonfle son cœur. Tous les sentiments à la fois font explosion, retours vers le passé, humilité, conviction de son néant, reconnaissance pour les bienfaiteurs de la Compagnie, Sa meilleure joie est de se rappeler le temps où il vivait avec ses frères d'Europe. Mais il en a si mal profité! Du moins ils prient pour lui, et la grande grâce qui lui vient par eux, c'est de connaître l'infinie multilude de ses péchés. Une autre joie c'est de voir la Compagnie confirmée par
de ses missions de Normandie, poussa le même cri de détresse (cet. 1641): « Que font à Paris tant de doîteurs et tant de bacheliers pendant que les âmes périssent par milliers faute do personnes qui leur tendent la main pour les retirer de la perdition et les préserver du feu (éternel ? Certainement, si je m'en croyais, je m'en irais à Paris crier dans la Sorbonne et dans les autres collèges : Au feu ! au feu de 1 enfer qui embrase tout l'univers ! Venez, messieurs les docteurs ; venez, messieurs les bacheliers ; venea, messieurs les abbés ; vouez, messieurs les ecclésiastiques, nous aider à l'éteindre. » H. Joly, Le Ve'n. J. Eudet (Let Saints), 1907, p. 63.
!. P. 293. « Rendez compte de votre administration. »
le pape, et manifestés au grand jour les secrets révélés par Dieu à son serviteur Ignace, « notre Père ». Aussi quelle gratitude pour le cardinal Guidiccioni dont Dieu s'est servi en cette occasion! Il ne sait plus le nombre de messes qu'il a dites pour lui. Toutes ses messes, croit-il, sont à son intention. Mais il faut qu'on lui écrive le bien que Sa Seigneurie Révérendissime fait dans l'Eglise. Dieu veuille enfin, après avoir réuni, puis séparé ses serviteurs ici-bas pour sa gloire, les réunir encore, et pour toujours, au paradis. «Pour mériter cette grâce, conclut-il, prenons pour intercesseurs et avocats toutes les saintes âmes d'ici qui, baptisées par mes mains, ont été, avant de perdre leur innocence, prises par Notre-Seigneur dans sa sainte gloire. Je crois qu'il y en a plus de mille. A toutes, je demande de nous obtenir de Dieu Notre-Seigneur la grâce, tant que durera notre exil, de connaître et de sentir en nos cœurs sa sainte volonté et de l'accomplir parfaitement.
« De Gochin, le 15 janvier 1544.
« Votre très aimant frère en J.-G.
« Francisco^. »
La lettre de François, partie en janvier, dut arriver à Lisbonne six ou sept mois plus tard, et sans retard être expédiée à Rome.
Il s'en fit aussitôt des copies pour les maisons de la Compagnie, pour les amis et les bienfaiteurs. Déjà les précédentes avaient commencé à circuler^. On les lisait à la cour de Portugal ; Jean III voulut faire partager son édification à ses voisins, les princes espagnols. La grande lettre de Maître François fut lue du haut des chaires. « Les auditeurs, nous dit-on, voyant chez le missionnaire tant d'ardeur apostolique, rougissaient de
2. Elles étaient parvenues à Lisbonne à la fin de 1543. Le cousin de Xavier, Etienne de Eguia, était alors occupé à régler ses affaires de père de famille à Estella, avant d'aller rejoindre son frère Jacques à Rome. H'rançois de Rojas lui écrit de Lisbonne, 30 janvier 1544 : « J'ai dû, faute de messager, retarder la joie que vous donnera en N.-S., jo le sai», la lecture des lettres de Maître François. » (Ep. Mixlae, t. I, p. 156. Cf. Gros, I, ,.. 246.)
leur vie tiède ou coupable ^ » Le Père Araoz écrivait à Rome que Xavier ne faisait pas moins de bien en Espagne et en Portugal par sa lettre, qu'aux Indes par sa prédication 2. Le duc de Gandie, François de Borgia, communiquait au Père Jacques Miron son admiration pour tant de merveilles^. Grâce à ces lettres, la Compagnie était connue, appréciée dans la péninsule et le bienheureux Pierre Le Fèvre, témoin de ce mouvement, disait à saint Ignace : « On nous connaît maintenant dans toute l'Espagne. Là où personne n'avait entendu parler de nous, ou bien où l'on ne nous jugeait que d'après des calomnies venues de Rome, aujourd'hui, grâce à Dieu, il n'y a pas d'endroit, palais ou prison, cour ou hôpital, il n'y a pas de personne, riche ou pauvre, noble ou non, savante ou ignorante, femme ou enfant, qui ne sache ce que nous sommes, ce qu'est notre manière de vivre et l'objet de notre institut^. »
Un de ceux que, vers ce temps-là, Xavier, par ses lettres, attirait à la Compagnie, nous a lui-même raconté sa curieuse vocation. Etudiant à Paris, Jérôme Nadal avait connu Ignace, Lainez, Salmeron, Bobadilla, et sans doute aussi François Xavier. Les disciples d'Ignace avaient essayé de le gagner. « Lainez vint chez moi. Je lisais Théophylacte. Il me parla du sens mystique des Ecritures. Je n'y compris rien. Le Fèvre ne fut pas plus heureux. Mon confesseur, le Père Miona, me poussait vers Ignace. Je lui répliquai : « Comment, vous n'êtes pas iiiiguiste^^ et vous cherchez à faire de moi un iniguiste! » Lui aussi, le saint eût voulu inspirer à Nadal le goût de la vie parfaite. Mais l'étudiant se défiait. Ignace un jour lui lisait une lettre qu'il envoyait à un sien neveu pour le détacher du monde. Nadal montra son Nouveau Testament. « Voilà mon livre à moi; vous, je ne sais
1. Orlandini, 1. V, n° 6, 65 ; — Astrain, t. I, p. 250, note ; — Polanco, I, p. 161. Cf. Précis historiques, 1886, p. 528 (lettre du P. Ribadeneira à S. Ignace).