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restes du paganisme. Ils sont frêles dans la foi et naturellement susceptibles; aussi faudra-t-il au prêtre une infinie douceur et une inconfusible patience. Il devra être constant et calme dans son énergie, car ce sont de grands enfants qui souvent n'entendent que si l'on frappe fort. A ces conditions, le Santo Padre^ c'est le nom qu'on lui donne déjà, sera comme le roi du pays. En ce qui concerne le service de Dieu, il aura le droit de parler en maître, et le service de Dieu s'étend loin.
D'abord il se charge de la police des mœurs. Il y a beaucoup à réformer. Il faut supprimer l'ivrognerie, car les Paravers n'ont pu résister aux séductions du vin de palme, Varack^ alcool brûlant que leurs voisins les Sanars tirent des bourgeons de cocotier'. Xavier organisa une surveillance sévère et fixa des châtiments : « Je vous envoie, écrit-il à Mansilhas, un huissier {meirinho) qui fera le service en mon absence. Pour chaque femme qu'il prendra buvant de ïarack, je lui donne un fanâo (quelques sous) et le coupable aura deux jours de prison. Que cela soit publié dans toute la localité. Vous direz aux patangatins que si, dorénavant, on boit de i'arack à Punicale, ils me le paieront cher. D'ici à mon retour, faites que ces patangatins changent de mœurs, sinon je les expédie tous prisonniers à Cochin, et ils ne reverront plus Punicale : ils sont la cause de tout le mal qui se fait ici 2. »
Xavier n'avait pas toujours à se louer de ces petits officiers de village. « Je n'ai aucune confiance en eux », écrira-t-il bientôt^. Un jour, pour je ne sais quelle fête, ils invitent et paient des deniers publics, quelques bayadères. Gros scandale : ces pauvresdanseuses consacraient ordinairement leur artaux solennités païennes \ Une autrefois, ils s'obstinent à habiter dans un endroit que, pour de bonnes raisons sans doute, le Père leur interdisait : « Dites à Antoine Fernandez le Gras^ et à ces patan-
1. De l'arabe araha. L'ivrognerie n'est pas un vice indien; elle n'«st le fait que des parias c-t des basses castes. L'usage du vin de palme, \e turapana, est un des cinq péchés irrémissibles pour les brahmes (Dubois, P. II, ch. v).