II. — Xavier pendant l'invasion (juin-septembre
Les Badages barrant le chemin par la côte, Xavier voulut gagner le cap par la voie de mer ; c'était l'affaire d'une soixantaine de kilomètres, et d'une journée avec bon vent. Huit jours passèrent ; la flottille, partie le 16 au soir, rentrait au port le 24. Il avait été impossible d'avancer. Le vent était contraire et le tentps mauvais. Toute une semaine, les pêcheurs avaient lutté contre la mousson. Les tonys tenaient difficilement la haute mer. On avait essayé la rame, puis le hâlage. Peine perdue, et le saint, six jours après son retour, écrivait: « Dieu sait ce que j'ai souffert... J'ai été une semaine en mer, et vous savez ce que c'est qu'un voyage en tony avec vent debout. » Mais il ajoutait : « Aussitôt le vent tombé, je tâcherai de partir *. »
Durant ce temps, la panique continuait au cap Comorin. « Tous les jours, écrit le saint, ces infortunés chrétiens arrivent par bandes à Manapar, dévalisés, indigents, affamés, sans vêtements. » Il s'occupa de venir en aide à tant de misères. « J'ai mandé, dit-il, aux patangatins de Combuturé, de Punicale et de Tuticorin, d'envoyer des aumônes à ces malheureux chrétiens. Qu'ils ne tirent rien des pauvres. Les caïupanotes^ (ou pilotes) donneront ce qu'ils voudront. Que personne ne soit contraint. Opposez-vous à ce qu'on tire rien des pauvres; je l'ai écrit aux