‹ Saint François XavierChapitre 225 sur 820 · LES B ADAGES · texte numérisé non relu

LES B ADAGES

Enfin, après plus d'un mois, l'armée ennemie parut s'écarter du sud. Xavier revint à Manapar. Mais tout n'était pas fini. On attendait les Badages plus au nord, et il avertit Mansilhas, qui était à Punicale, de faire bonne garde (1" août). Le surlendemain le danger est imminent. « J'ai ordonné au Père (un des prêtres auxiliaires) d'aller partout aux environs. Il faut qu'on tienne les embarcations à la mer, et qu'on puisse mettre à la voile au premier signal. 11 me paraît certain que vous allez être assaillis : on veut réduire les chrétiens en captivité. Certainement l'ennemi viendra jusqu'à la côte. Je tiens ces nouvelles d'un des principaux canacars (ou magistrats), ami des chrétiens (8 août)'. »

Le juge indien, qui avait beaucoup de parents parmi les néophytes, promit de faire son possible. François comptait sur lui pour être averti à la première alerte. En même temps, il écrivait au rajah de Travancore, dont ce canacarétaitle favori : « Puisque vous êtes ami du seigneur gouverneur, ne souffrez pas que ces Badages fassent du mal aux chrétiens. Le gouverneur le verrait d'un mauvais œil. »

on ne dit pas le nom, et que certains historiens croient être saint Ignace (Massei, P. II, 1. V, ch. 6).

Le Père de Sousa(t. I, p. 233-235) ajoute quelques détails curieux. D'abord, avec Tursellini, Lucena, etc., il met cet épisode au cours de la mission du Travancore. Les Badages se seraient alors rués sur les chrétientés nouvelles par haine du christianisme, et peutêtre appelés par les infidèles du pays. Le « Nayque » du Maduré se serait mis à la tète d'une grosse armée, et l'aurait conduite en bon ordre vers le sud. Sur quoi le roi de Travancore aurait levé des troupes qu'il commandait en personne. Or il était vaincu à l'avance, caries Badages étaient plus forts et plus aguerris. Alors Xavier prit sur lui tout le poids do la guerre, et, après une fervente prière, marcha droit à l'ennemi qui s'avançait en bon ordre. Les brahmes du pays, poursuit le Père de Sousa, dans leurs annales, racontent l'affaire autrement et attribuent cette invasion à de purs motifs temporels, et non pas à la haine de la foi. Ils disent de plus que le roi pria le saint apôtre de venir à son secours. A quoi le saint répondit qu'il n'était point soldat, mais religieux, et n'avait d'autres armes que ses prières. — On peut objecter à tout ce récit que, au moment où François faisait sa mission du Travancore, la paix était faite entre le rajah et les Badages. Il est invraisemblable aussi de voiries deux rois se mettre à la tète de leurs armées pour attaquer ou pour défendre des villages de néophytes. Bref, il y a dans tous ces récits une part de légende, et le plus sur est de s'en tenir à la version primitive de 1556, due en partie à quelqu'un qui était sur les lieux. — Pour la date, Mansilhas est précis : Vénérant... Badagae... ; ubi primiim dictas P. M. Fr. hoc rescivit, statim, e loco in quo erat, in dictum Travancoris regnum profectus fuit... et absque formidine ulla... ad illos accessit », etc. — La tradition du xvn* siècle donnait à ce fait pour théâtre une plaine de deux lieues au nord de Kotar. Lettre du Père Martin ; cf. Bertrand, Maduré, t. IV, p. 18.

1. Mon. A'ac, p. 331. « Canacar, nome de cargo apparteneenteàjustiça », P. Fïlipucci, dans les Mon. Xav., p. 944. C'est donc un titre judiciaire.

A Punicale aussi l'on était menacé. François demanda au capitan de Tuticorin d'y envoyer une embarcation de guerre, ou catui\ et il écrivait à Mansilhas : « Tant que vos gens sont encore sur la terre ferme, veillez à ce qu'ils fassent bonne garde. Car les Badages viennent de nuit, à cheval, et ils surprennent san» laisser le temps de s'embarquer. Veillez sur ce pauvre peuple. Il manque de savoir-faire : pour épargner deux fanaons, il négligerait de poser des sentinelles. Faitesque tous les navires soient bientôt mis à flot : qu'ils y embarquent leurs nippes, que les femmes et les enfants redoublent de prières plus que jamais ; nous n'avons de secours qu'en Dieu... A Antoine Fernandez le Gras vous direz de ma part que, s'il veut être mon ami, il doit veiller sur ce peuple. Les pauvres misérables ne seront pas gardés esclaves. Les Badages ne conserveront que ceux qui peuvent se racheter. » Xavier laisse entendre qu'ils tueront le restée

Quinze jours se passent : la panique continue. Les Badages avancent, faisant des pointes de côté et d'autre. Puis voilà qu'au nord, à Tuticorin même, les affaires se gâtent. Evidemment les Badages ont paru aux environs. Peut-être même ont-ils envahi la ville : car bientôt nous voyons les chrétiens indigènes réfugiés sur les îlots qui barrent l'entrée du port. Que faisait cependant le capitan portugais, Gosme de Paiva, venu à Tuticorin pour protéger les pêcheurs? Toute cette invasion ne laissait pas que de le mettre dans l'embarras. Si nous comprenons bien les allusions éparses dans la correspondance de Xavier, il faisait d'assez bonnes affaires avec un chef de Badages, Betibumal. Il les fournissait de chevaux perses et arabes 2. Source de gros revenus qu'il ne tenait pas à voir se tarir. Aussi ménageait-il les brigands et il ne faisait rien pour les néophytes.

Et Xavier écrit : « J'ai grand peur que les cavalerias de Tuticorin ne portent malheur à ces pauvres chrétiens. Ge peuple est plus affolé que je ne saurais le dire... Je vous en prie, et j'insiste, dès que vous aurez des nouvelles certaines, faites-les-

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