‹ Saint François XavierChapitre 226 sur 820 · Ihid., p · texte numérisé non relu

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2. A cela sans doute fait allusion le mot cabàlleria. Nous savons par ailleurs que la» Portugais fournissaient de chevaux arabes et perses le souverain de Vijiyanagar (roi du Ganara, dans do Gouto, D, VI, 1. V, ch. 4, p. 373). Sans doute le capitan de Tuticorin servait d'intermédiaire dans ce commerce, avec le Nayaker du Maduré, chef des Badages et lieutenant du rajah.

LES BADAGES 259

moi savoir. Dites-moi en détail ce que vous apprendrez sur les Portugais de Tuticorin, pour soulager mon angoisse. Y en at-il eu de blessés, ou de tués? De même pour les chrétiens'. »

Mais voici une lueur d'espoir. La lettre au rajah de Travancoren'a pas été inutile. Un brahme vient d'arriver àManapar avec un interprète du capitan ; il va proposer la paix aux Badages. Il est temps, car Xavier ajoute en post-scriptum que les chrétiens de nous ne savons quelle localité sont en fuite dans la forêt. Les Badages les ont dévalisés; deux blessés, un chrétien et un païen. De tous les côtés, mauvaises nouvelles, mais « loué soit le Seigneur à jamais ». (Lettre du 19 août.)

Les messages se croisent. Mansilhasadû se plaindre de l'attitude ambiguë du capitan : le Père lui répond le 20 août : « Mon bien cher frère. Dieu soit toujours avec vous, amen. Le mot de Notre-Seigneur : Qui non est mecum contra me est^^ vous fait assez voir combien nous pouvons compter de vrais amis sur cette côte, de ceux qui nous aident à convertir cette nation. Mais pas de découragement. A la fin, Dieu donnera à chacun son salaire. S'il le veut, quelques hommes le servent autant qu'un grand nombre. J'ai pourtant plus de pitié pour ceux qui se tournent contre Dieu que de désir de les voir châtiés, car je sais qu'en fin de compte Dieu est terrible dans la justice qu'il tire de ses ennemis : nous avons pour preuve l'enfer'. »

Xavier conclut sa lettre en recommandant à Mansilhas le brahme ambassadeur. A tout prix, qu'il arrive au plus tôt à Tuticorin. 11 devait sans doute entrer de là en pourparlers avec le chef des Badages qui pour lors tenait campagne aux environs. Mais que fera le capitan? Xavier semble redouter on ne sait trop quel esclandre de la part du personnage, car il ajoute en post-scriptum : « Pour l'amour de Dieu, mettez vite en chemin ce brahme; et un mot au capitan pour qu'à tout le moins, il le traite avec honneur. »

Cette ambassade donne bon espoir à François. Elle réussira sans doute, et déjà il combine des projets pour un avenir

2. « Qui n'est pas avec moi, est contre moi. » (Math., xii, 30.)

prochain. Au nord et au sud, la chrétienté va pouvoir s'étendre. Il compte aller au Travancore; mais voici qu'on l'appelle à Ceylan, dans les îles de Manar. On l'appelle encore aux environs de Ramnad. Il faut attendre. « Faites-moi avertir, dès que ce pays sera délivré des Badages, afin que, sans péril pour les chrétiens, j'envoie François Coelho vous remplacer. Vous irez alors rendre à Dieu le service de baptiser ceux de ("areapatao*, comme aussi les Caréas^ (ou pêcheurs) de Beadala' et leur rnudeliar^. Le capitan de Négapatam est en faveur auprès du roi de Jafnapatam, de qui dépendent ces îles de Manar. Il pourra se charger de les recommander à leur roi. Dès que votre région sera assurée contre les Badages, qu'il me vienne un messager de vous, afin que, sans retard, je vous envoie François Coelho avec de l'argent, des lettres, et une instruction sur ce que vous aurez à faire à Manar^. »

Cependant les Badages se retiraient de la côte. La sécurité revenait. Mais à l'intérieur, où l'on était moins au courant des démarches du roi de Travancore, les ravages continuaient. Autour du saint, tout se trouvait désorganisé.

« Ici (à Punicale), je vais sans interprète. Antoine est resté malade à Manapar. Rodrigue et Antoine, voilà mes interprètes; par où vous pouvez imaginer la vie que je mène. Mes interprètes ne me comprennent pas, je ne les comprends pas. Jugez de mes entretiens avec le peuple. Je baptise les nouveau-nés et les autres qui peuvent recevoir le baptême. Pour cela, pas besoin d'interprète; sans interprète, je vois et je comprends. Pour les choses plus importantes, je puis donc me passer d'in-

1. Ce Careapatao doit être identifié avec la résidence de Manar, appelée au xvii* siècle « le village des Careas, lugar dos Careas «, ou Peinale. Patan, pour les Portugais patao, est le même mot que patnam, ville, village [Translated extracts, p. 22).

2. Les Careas sont les pécheurs tamouls de Ceylan et de la Pêcherie [Mon. Xac, t. I, p. 944). « Karaiyàn, a respectable class of fishermen, or boat people, onewho résides on the sea. » (Percival, Tamil-english dictionary, Madras, 1870.) Le mot vient de Karaï, frontière, bord, rivage. Le sens premier est donc « celui qui vit au bord de la mer. » Ces Careas des environs de Ramnad sont appelés aujourd'hui par leurs missionnaires Kadeyer.

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