‹ Saint François XavierChapitre 23 sur 820 · Gros, Vie, t. I, p · texte numérisé non relu

Gros, Vie, t. I, p

4. Avertissement sur la réformation de l'Université de Paris, 1562.

5. En 1520, ù l'entrée de la reine Eléonore, on compta 3.000 écoliers, sans parler des bacheliers es arts, médecine, etc., plus les régents et docteurs (du Boulât, Hist. Univ., t. VI, p. 229) ; M. Rashdall [Universities in Europe in the Middle Ages, Oxford, 1895, t. II, p. 580) pense qu'on a parfois beaucoup exagéré le nombre des élèves, et qu'il atteignit au plus 7.000 à 8.000 aux époques florissantes. Il semble qu'on ait fait parfois entrer en ligne de compte, avec les élèves, tous ceux qui étaient employés dans l'université et relevaient de sa juridiction. — Cf. P. Dknifle, 0. P., Charttdarium Univ. P^aris., t. III, p. xvi-xvii.

ils étaient chez eux; ils avaient leur police, leurs tribunaux, leurs lois, leurs franchises. Pour gouverner cette foule remuante et cosmopolite, on avait imaginé, comme dans toutes les universités du moyen âge, de les répartir en nations : France, Picardie, Normandie, Allemagne, chacune sous un procureur assisté de deux bidelles. Les nations se subdivisaient en provinces. Géographie fantaisiste et purement administrative.

L'enseignement n'était pas public. Les cours se faisaient à l'intérieur des collèges. Ces établissements — il y en avait une cinquantaine — s'entassaient les uns sur les autres, sans espace et sans air, reliés par des ruelles étroites et boueuses dont la puanteur était proverbiale. Il y avait plusieurs catégories d'élèves. Les boursiers étaient instruits, nourris, logés gratis. Les « caméristes » recevaient le logement, mais pourvoyaient à leur nourriture. Les « caméristes portionnistes » payaient pension pour le vivre et le couvert. Ordinairement ils se réunissaient par chambrées. Beaucoup d'externes vivaient isolés en ville; d'autres adoptaient, par économie, le système du « caméristat » et travaillaient ensemble sous un « pédagogue ». D'autres encore, absolument indigents, se louaient comme domestiques chez des professeurs ou chez leurs camarades plus fortunés. Ils faisaient leurs études comme ils pouvaient. On les appelait « martinets », peut-être à cause de leur humeur vagabonde.

Don François de Jassu y Xavier se fit recevoir au collège Sainte-Barbe comme camériste portionniste, payant 30 sols tournois de pension par an^ Il prit à ses gages un martinet, son compatriote, connu sous le nom de Michel le Navarrais, triste personnage de basse naissance et de mauvaise vie. Il dut être inscrit dans la nation de France, province de Bourges, où entraient, pêle-mêle, Italiens, Espagnols, Portugais, Syriens, Egyptiens, Arméniens et Perses, tout le Midi et tout l'Orient. Puis, quittant son costume déjeune gentilhomme, il revêtit la robe noire et longue des étudiants, serrée à la taille par une courroie. Et sa vie universitaire commença.

1. Ce prix approximatif est fourni par les statuts du collège du Mans, fondé en 1526. Gros, Doc, p. 258.

l'étudiant 23

Le collège Sainte-Barbe était dans la partie sud du quartier latin, paroisse Saint-Benoît. Il avait pour voisins : au nord, le collège de Reims et du Mans; à l'est, celui de Fortet où vivra Calvin et où naîtra la Ligue ; à l'ouest, celui des Gholets et plus tard celui de Glermont, fondé par les Jésuites. Au sud, il était séparé de Montaigu par la rue Saint-Symphorien ou rue aux Chiens. Le passage, une véritable sentine où se déversaient les eaux sales des Montacutiens , avait été naguère le théâtre de véritables batailles entre élèves des deux maisons. Les Barbistes enveloppaient d'un grand mépris l'établissement rival, austère, presque monastique, « collège de pouillerie » comme l'appelait Rabelais. A deux pas étaient la Sorbonne, les jNIathurins, les Jacobins, Dormans-Beauvais, et vingt autres ^

Presque tous les collèges avaient été fondés en vue des besoins particuliers d'un pays ou d'un diocèse. Sainte-Barbe n'avait pas eu d'abord une destination aussi déterminée : sorte de maison de famille que les propriétaires exploitaient sous forme d'école. Ils y entretenaient des professeurs pour leurs pensionnaires et les gardaient ou les congédiaient à discrétion. Les élèves, tous payants, y venaient de partout. Peu à peu cependant Espagnols et Portugais avaient fini par y dominer 2.

Vers ce temps-là en effet, les rois de Portugal envoyaient à Paris, pour y faire leurs études aux frais du trésor, déjeunes nobles pauvres. L'intention royale était d'en faire des professeurs et peut-être même des missionnaires pour les colonies. Jusqu'à quel point le but fut-il atteint, il est difiicile de le dire. Mais Dieu avait ses desseins.

Parmi ces boursiers du roi, était venu à Paris, au commencement du siècle, Jacques de Govea, dit l'ancien, le premier de la dynastie universitaire des Govea. Recteur de l'université en 1500 et 1507, docteur en théologie, intermédiaire entre la cour de Portugal et celle de France, il eut l'honneur d'être haï des protestants, traité par Théodore de Bèze de « cuistre, morveux et crotté », et représenté comme un pauvre et ridicule argumentateur. En réalité c'était un homme grave, un

1. Berty-Tisserand, Topographie historique du vieux Paris. Région centrale de l'Université, Paris, 1897.

2, QuiCHERAT, Histoire de Sainte-Barbe, Paris, 1860-1864, 3 in-So ; — Gros, Doc., p. 257.

esprit ouvert aux idées de progrès, mais sage, d'une probité à toute épreuve, un peu prompt, mais droit et sachant avouer ses torts. Il avait l'art d'entretenir parmi la jeunesse une généreuse émulation.

Le propriétaire de Sainte-Barbe, Robert Dugast, l'avait accepté comme locataire fermier de l'immeuble. En 1520, le collège passa sous la protection du roi de Portugal; Govea en devint proviseur. En 1526, dans un voyage à Lisbonne, il obtint une pension royale pour une colonie permanente de 50 élèves.

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