Mon.Xav., p
faisait faire un acte de foi dans le mystère d'un seul Dieu en trois personnes. Puis il récitait lentement, la foule les répétant après lui, les principales prières. Suivait l'explication des articles de la foi et des commandements, au moyen des traductions qui lui avaient servi à la Pêcherie. L'instruction finie, il demandait si l'on croyait. Il reprenait chaque article, et, les bras en croix sur la poitrine, les Macuas répondaient : « Je crois. » Alors il les baptisait, et leur donnait leur nom par écrit. Puis venait le tour des femmes. Le village une fois baptisé, il présidait à la destruction des idoles et des pagodes. « C'est pour moi, disait-il, une indicible joie que de voir tomber ces idoles sous les coups de ceux-là mêmes qui les adoraient. Partout je laissais un exemplaire des prières en langue indigène, et je réglais que, tous les jours, matin et soir, on se réunirait pour les apprendre. Cela fait dans un village, je passais dans un autre. J'allais ainsi de bourgade en bourgade, et je, ne saurais ni vous écrire, ni vous dire quelle était ma consolation'. »
L'ébranlement fut prodigieux. Au dire de Jean Vaz, le saint groupait des auditoires de deux, trois, quatre, six mille personnes. Il lui fallait grimper sur un arbre, et c'est de là qu'il prêchait 2. Par centaines, tous les jours, se faisaient les baptêmes. Ceux qui résistaient à la grâce étaient touchés cependant. Quand ils voyaient les néophytes confesser publiquement, à haute voix, leurs fautes passées, « les gentils, nous dit Xavier, s'émerveillaient d'entendre la loi divine. Ils rougissaient de voir comment ils avaient vécu, faute d'avoir connu Dieu. Ils montraient un vrai plaisir à écouter notre loi. Ils me faisaient de grands honneurs, tout en refusant d'adhérer à la loi que maintenant ils connaissaient^ ».
Comment expliquer ce soudain entraînement vers le christianisme ? La proclamation du rajah favorisait le mouvement, en assurant la liberté des conversions, mais elle ne suffisait pas à le produire. Par ailleurs, les Macuâs n'étaient pas, comme naguère leurs voisins les pêcheurs de perles, des opprimés criant vers la délivrance et se servant du baptême pour chan-