II. — Les miracles. Le don des langues
A l'argument de la charité faut-il ajouter celui du miracle? Il serait étrange que, thaumaturge à la Pêcherie, il eût cessé de l'être, passé la frontière du Travancore. La question cependant n'est pas sans quelque difficulté.
Les enquêtes de 1556 ne nous fournissent aucun fait pouvant avec certitude être rapporté à cette période ^ Le licencié Jean Vaz, témoin oculaire, racontait l'année suivante aux Pères de Portugal des cosas miiy grandes^-. Parmi ces « grandes choses », il faut compter les miracles sans doute; mais où sont les détails ? Le souvenir s'en conserva cependant, si bien que, plus tard, par ordre des supérieurs, des enquêtes furent faites à ce sujet, spécialement sur les cas de résurrection. Mais le Père Texeira notait à ce propos^ : « Tout est possible avec une sainteté comme celle de François : mais, tout bien examiné, ce qu'on raconte est douteux... Le Père Enriquez, qui est depuis quarante ans dans la mission, a cherché des témoins oculaires et n'en a pas trouvé. » Voilà pourquoi peut-être le Père Yalignano, énumérant les raisons qui amenèrent à la foi toute la caste des pêcheurs, ne parle pas des miracles^.
Lorsque, soixante-dix ans après la mort du saint, les procès canoniques furent repris, les témoins oculaires ne manquèrent pas tout à fait. Deux ou trois très vieux Indiens ajoutèrent les souvenirs lointains de leur petite enfance à ceux de la tradition locale. D'autres, simples témoins auriculaires, firent entendre des voix un peu plus jeunes ; et, de tous ces témoignages combinés, quelque chose passa dans la bulle de canonisation. Laissons parler les déposants de 1616.
« Il y a une trentaine d'années, disait le Paraver Pierre Gon-
1. La raison en est sans doute qu'en 1556 ne furent entendus que des Portugais. Or, pendant la mission des Macuas, à part Jean Vaz, Xavier n'avait avec lui aucun Portugais. 1. Ep. Mixlae, p. 231.