II. Gros, I, p
Moi-même je savais toutes ces langues, et souvent je m'ensuis servi pour converser avec le Père. Ainsi j'ai causé avec lui en malais. » Le témoin ajoutait qu'à Malacca, Xavier s'entretenait avec les noirs, les comprenait et s'en faisait comprendre à leur grande stupeur ^ Un autre nous le montre, sur le vaisseau qui le mène à Amboine, parlant avec les gens de l'équipage dans leur patois^. De même Gaspard Lopez, contrôleur de la matricule royale : « Le bruit public assurait que le Père comprenait la langue des Indiens et en était compris, ce dont ils s'étonnaient fort^. » Un nommé Gaspard Secheira Abreu jurait avoir entendu Xavier prêcher au Japon en portugais et les Japonais le comprenaient en leur langue '.
Ces affirmations parurent-elles insuffisantes aux premiers historiens? Valignano, Tursellini, d'Acosta, du Jarric, n'en parlent pas^. Le procès de 1556 était connu pourtant, et, dans son histoire manuscrite, le Père Gonçalvez en appelait sur ce point aux témoignages d'Antoine Pereira et de Lopez, sans parler des Pères Durào, Jean Lopez et du Fr. Melchior Figuereido^,
En 1616, plusieurs dépositions intéressantes furent enregistrées. Le Paraver Emmanuel Fernandez, quatre-vingts ans et plus, disait, après les serments d'usage : « J'ai connu le Père François Xavier à la côte de la Pêcherie, il y a de cela soixante et tant d'années. J'étais pour mon commerce au port de Tevanapatam, au Coromandel. J'y vis ledit Père, et, par révérence, allai lui baiser la main. Me trouvant là, pendant sa messe, je le vis, et tout le
1. Process. i5.ô6, Malacca, n. 2. « Dixit insuper quamcumque in regionem dictus Pater venisset, paucissinùs eum diebus proprium gentis idioma et callere et loqui solitum, idque accidisse tum in ora malabarica et in Maluco, tum in Japonia, quoniam ipse testis omnium harum linguarum fuorat peritus, et iisdem saepe loquutus fuerat cum Pâtre, sicut etiam cum eodem sermones contulerat in lingua Malayca. »
Dans le texte portugais : « Onde querque o Padre mestre Francisco chegava, em poucos dias tomava e falava a lingua da terra como foi no Malabar, em Maluco, em Japâo, e uma pessoa que ista affirma e sabe estas linguas, as falou e praticou com o Padre. E tambem a Malacca e diziam que o Padre se entendia cora os negros e ellos com elle de que muito se espaventavan. » Bibl. Ac. Scienc, Lisbonne, Cartas de Japao, t. I, f. 396''. Cf. Ajuda, Mss. 49, V, 6, f. 153».
2. Process. 1556, Baçaim, n. 7. (témoignage de Ruy Diaz Pereira). Voir plus loin, 1. IV, ch. II, n. 1.