III. — Les résultats
« Une grande multitude », c'est à la mission du Travancore que le mot peut s'appliquer. Ce que fut le résultat de ce mois de travail, François nous le dira lui-même : « Mon très cher frère en Jésus-Christ (c'est à Mansilhas qu'il s'adresse). Le 16 de ce mois de décembre, je suis arrivé à Cochin. Sur mon chemin, j'ai baptisé tous les Macuas que j'ai rencontrés. Dieu sait avec quelle joie j'irais achever l'ouvrage, et baptiser ce qui reste'. » Et à saint Ignace : « En fait de nouvelles des Indes, j'ai à vous apprendre comment Dieu Notre-Seigneur, en un royaume oi^i je suis, a déterminé une foule de gens à se faire chrétiens; à ce point qu'en un mois j'ai baptisé plus de dix mille personnes^. »
C'était une moyenne de quatre cents baptêmes par jour. On comprend que le chiffre ait paru exorbitant. Certains n'ont voulu y voir qu'une glose pieuse, entrée, par fraude ou par erreur, dans le texte 3. Mais il n'y a ni fraude, ni erreur. Fran« çois avait procédé au Travancore comme avant lui on avait procédé à la Pêcherie. Il ne croyait pas, pour cette fois du moins, devoir renoncer aux conversions par masses, quelque étrange que le système puisse paraître aujourd'hui. Nous avons dit plus haut ce qui, en certains cas, le justifie^. Il faut tenir compte aussi d'un grand fait général. Plus les races sont intelligentes,, et plus les âmes ont conscience d'elles-mêmes et de leur individualité ; plus aussi la conversion est affaire personnelle, intime, se réglant entre l'homme seul et Dieu seul, sans
reste avoir été plus dans l'intelligence des auditeurs qui le comprenaient, parfois chacun en sa langue, que sur ses lèvres . Dans un ordre d'idées analogues un témoin a raconté qu'au Japon, le saint répondait par une seule réplique à vingt questions disparates.
Sur les objections faites par M. Dickson Wliite dans son Ilisiory of the warfare of Science witli Theology, Londres, 1896, voir Analecta BoUandiana, t. XV, p. 62.