Sel. Ind. Ep., p
6. Il y a donc une grosse exagération chez Lucena, quand il dit que tout le royaume du Travancore fut converti. Il n'y eut qu'une caste de baptisée, dix villages. De même, dans la copie d'une lettre du Père Fr. Pérès, datée de 1547, on lit que, sur une longueur de 70 il 80 lieues de côtes, il y avait alors plus de 200.000 chrétiens [Sel. Ind. Ep., p. 68 ;
Quant à la valeur de ces chrétiens, on s'en fera une idée peut-être en rapprochant deux fragments de lettres à peu près contemporaines. A la fin de 1548, parlant des néophytes qu'il avait pu voir dans les stations portugaises de Gochin et de Goa, le Père Nicolas Lancilotti écrivait : « Pour beaucoup, c'est l'espérance des faveurs royales qui les amène à la foi du Christ. Cette race est si aveuglée, si peu intelligente, même naturellement, que, pour concevoir les choses divines et invisibles, il lui faut passer par le visible. Tel et tel peut-être n'admettra pas que l'on donne le baptême à ceux que l'homme a touchés beaucoup plus que Dieu : c'est une erreur. Les adultes, il est vrai, sont incapables d'embrasser dans toute sa perfection la loi évangélique; mais, s'ils ne négligent pas les sermons et la doctrine chrétienne, il y a lieu d'espérer qu'ils arriveront avec le temps à comprendre le vrai culte de Dieu ; bien que, pendant quelque temps, leur adoration n'ait pas été aussi pure qu'il le faudrait ^ »
Aux chrétiens du Comorin et surtout de la Pêcherie, les sermons n'ont pas fait défaut, et, dès 1545, le Père Jean de Beira pouvait écrire : « Il y a au cap de nombreuses églises où le culte grandit par l'observation des règles de Maître François, C'est chose admirable que le zèle des enfants à venir, le matin et le soir, réciter la doctrine chrétienne et en écouter l'explication. Les femmes, le samedi ; les hommes, le dimanche, passent deux heures à l'église, pour apprendre les prières, les dix commandements, la méthode de confession générale, et y louer Dieu qui les a menés des ténèbres à la lumière. Déjà plus trace ni mention d'idolâtrie. Dieu s'est servi de Maître François pour opérer tant de bien, et il y a eu grande douleur et regret quand il s'est éloigné d'ici pour aller évangéliser d'autres contrées où il a également ramené un grand nombre d'âmes à Jésus-Christ^. »
PoLANCO, I, p. 354). Reproduisant ce chiffre en 1710 le Père de Sousa {Oriente, t. I, p. 262) constatait que, de son temps, il n'y avait pas plus de 60.000 chrétiens au Comorin.. Le Père A. Lopez en comptait pour 16'j4, 40.î(20 (26.218 à la Pêcherie, et 14.702 au Travancore) . Il n'est pas vraisemblable qu'une chrétienté cultivée avec autant de soin que celle-là, soit tombée, sans persécution, de 200.000 à 40.920 âmes. N'y avait-il pas simplement, dans la copie envoyée à Rome de la lettre de Pérez, un zéro de trop ?