II. — Les martyrs deManar
François Xavier n'avait point été mêlé à ces événements. II se peut cependant qu'en janvier 1544, retournant de Goa au cap Comorin, en compagnie de Mansilhas, il ait croisé à Cochin les deux princes cinghalais ^ Revenu à son poste, il s'était absorbé dans le soin de ses chrétiens. Puis avait éclaté la guerre des Badages. Elle battait son plein, quand, vers la fin du mois d'août, son attention fut attirée vers Geylan. Gette fois, il s'agissait de l'île de Manar et du royaume de Jafnapatam.
Manar est une terre basse, longue de six lieues sur une de large, formant le dernier anneau, vers l'est, de cette chaîne rocheuse, le Pont de Rama, qui unit le continent à la grande île. Jafnapatam est au nord, dans l'archipel madréporique qui fait la pointe extrême de Geylan. Toute cette région avait été enlevée naguère aux rois de Gotta par des envahisseurs malabars. Le rajah, qu'un crime avait porté au trône, vivait isolé de ses voisins par des forêts et des plaines de sables, surveillant la haute mer, redouté des flottes qui passaient au large, exerçant sur les naufragés le droit d'épave^. En 1543, croisant dans les environs, don Martin Alphonse de Sousa avait réglé avec lui de vieux comptes et l'avait menacé d'une guerre s'il ne payait tribut. Le prince, sans alliances au dehors, détesté au dedans, se sentant partout menacé, avait cédé, payé de fortes sommes, restitué des pièces d'artillerie. Le gouverneur s'était éloigné.