Gros, I, p. 288 (Lettre de Jean III à Jean de Castro
gieuse à ses sujets. Mais le saint ne connaissait pas toutes les faces de la question. Un des princes de Cotta, baptisé, frère du martyr, lui aussi réclamait la couronne de Jafnapatam. Il était fils du possesseur légitime de ce royaume, tandis que l'autre prétendant n'était que le frère de l'usurpateur. Il y avait de ce côté des droits sérieux et de sérieuses garanties.
Levicaire général, don Michel Vaz, se trouvait àCochin lorsque, coup sur coup, y arrivèrent la nouvelle des événements de Manar, le prince fugitif et François. Il pensa qu'il fallait agir vite et ferme : c'était sa manière. Le gouverneur, qui se trouvait retenu dans le nord de l'Inde, au golfe de Cambay, devait être averti. François accepta de partir. Il monta sur une barque indigène rapide, un catui\ et prit la route du nord. C'était vers le 20décembre^ Il fit escale à Goa, juste le temps de con- 'stater que les Pères qu'il attendait n'étaient pas arrivés 2, et, quelques jours après, il se présentait au gouverneur. Il eut vite fait de le mettre au courant des affaires de Geylan, de la Pêcherie, du Travancore; intervention nécessaire à Jafnapatam, protection plus efficace des Paravers, requêtes du « Grand roi ». Sa correspondance ne nous parle que de Ceylan.
« Le gouverneur, dit-il, a été si affecté du meurtre des chrétiens de Manar, quand je lui en ai parlé, qu'il ordonna d'équiper une flotte pour s'emparer du roi et le mettre à mort. J'ai dû apaiser cette sainte colère. Le roi meurtrier a un frère, héritier présomptif, qui a fui du royaume, par crainte d'être tué. Il dit que, si le gouverneur le met en possession delà couronne, il se fera chrétien, lui et les principaux du royaume. Le gouverneur, en conséquence, a ordonné à ses capitaines que, si ce dernier tient sa promesse, lui et les siens, on lui donne le royaume. Quant au roi qui a tué les chrétiens, il doit être mis à mort; ou du moins, on fera ce que je demanderai en vertu des pouvoirs que le gouverneur me délègue. J'espère en Dieu, Notre-Seigneur, en son infinie miséricorde et dans les prières de ceux que le roi a martyrisés, qu'il reconnaîtra sa faute, demandera pardon à Dieu et fera une salutaire pénitence^. »