Mon. Xap., p
LES MARTYRS CINGHALAIS 299
En somme, on devait aller prendre à l'improviste le rajah coupable, assurer sur ses terres la liberté de conscience, lui donner un successeur plus humain. Mais, comme pareilles exécutions ne se font guère sans excès qui compromettent les meilleures causes, le Père devait, non pas diriger, mais surveiller et empêcher qu'il ne se fît rien contre la gloire de Dieu et le bien surnaturel des indigènes. Pour les autres questions en suspens, les lettres ne nous disent pas ce qui fut décidé.
Cette page de l'histoire de Xavier a paru étrange à quelquesuns. Des écrivains protestants la déclarent inconcevable '. Violation du droit des gens, l'Evangile prêché à coups de canon ! Plût à Dieu que, dans l'histoire de la colonisation européenne, il n'y eût pas de violation du droit des gens plus grave que celle-là !
Aujourd'hui, en vertu du principe égoïste de non-intervention, l'on assiste, en gémissant, mais sans bouger, au massacre de populations entières. Au xvi® siècle, alors que subsistait encore, dans les mœurs et les principes, quelque chose de l'esprit des croisades, on eût pris les armes et l'on eût infligé aux coupables une verte leçon. Les forts savaient encore se faire les vengeurs de l'iniquité et les défenseurs des faibles. Un autre souffle a passé sur le monde : ne faisons pas un crime à saint François Xavier de ne pas l'avoir respiré trois siècles à l'avance.
Tout étant réglé, François repartit. Le voyage se fit avec une rapidité qui tient du prodige. Le 20 janvier, il était de retour à Gochin, après à peine un mois d'absence^.
Les voyages de ce genre se multiplieront dans la vie de notre saint. Une part notable de son temps se passera sur le pont des navires ou au fond des barques indigènes. Ce qu'il souff'rira durant ces incessantes allées et venues, sous le soleil tropical ou sous les pluies, dans ces vaisseaux encombrés de ballots, de bêtes et de gens, dans ces nacelles indiennes ou malaises, sans pont ni abri, nul ne le saura jamais. Mais ce n'était rien pour lui dès qu'il y avait des âmes à convertir et un coin pour prier Dieu.