H. Venn, op. cit
2. Il y a une lettre de lui écrite à Cochin et portant cette date (Mon. Xav., p. 361).
C'était sa coutume, à bord, de rester en oraison de minuit au lever du soleil. «Pendant ces heures-là, disaient les matelots, le navire est en sûreté : le Père François tient le gouvernail'. » Durant la journée, il continuait son œuvre d'apôtre. Sur le catiir qui l'emmenait de Gochin vers le nord, il avait trouvé un officier aux mœurs dévergondées. Il fit d'abord semblant de ne rien savoir, et se montra courtois et aff"able. Bientôt le Père et le soldat eurent lié amitié. Lorsque Xavier hasarda un mot sur les grandes vérités du salut, l'autre feignit de ne pa» entendre. Quand on vint à parler confession, le pécheur se mit à rire, et le prêtre se tut. La barque fit une courte escale à Gananore. Xavier invita son étrange ami à une petite promenade dans la forêtde cocotiers. Dès qu'ils furentseuls, le saint s'agenouilla, découvrit ses épaules et se mit à se flageller. Le sang jaillissait sous la discipline : « Gela, criait-il, c'est pour vous. Je ferai tout pour expier vos fautes, mais vous avez coûté au doux Jésus infiniment davantage. Mon Dieu ! par le sang de votre Fils, éclairez cette âme, et tendez-lui la main pour qu'elle ne se perde pas! » Bouleversé, l'oflîcier arracha la discipline et, à genoux, sanglotant: « G'est à moi, cria-t-il, de faire pénitence. Vous m'avez vaincu. » Bientôt la confession était faite, et tous deux rentraient à bord 2.
De même pendant le voyage du retour. Au port de Ghaul, on lui signala un matelot, joueur, blasphémateur, qui ne s'était pas confessé depuis sept ans. Le Père fit exprès de monter dans le bateau où cet homme était engagé. La présence du missionnaire n'empêcha pas les blasphèmes d'aller leur train. Un jour le malheureux perdait au jeu sans désemparer. Il venait d'engager jusqu'à ses bagages, et ne répondait à qui voulait le calmer qu'en redoublant d'imprécations. Le Père, à ce moment, disait son office dans sa cabine. Il demanda quel était ce bruit. Quand il sut de quoi il s'agissait, il envoya son compagnon porter au matelot une poignée de pardaos, lui faisant dire de jouer encore, il serait plus heureux. En effet le matelot regagna tout ce qu'il avait perdu et jusqu'à son bagage. Mieux encore, il sortit du jeu tout changé, décidé à mieux vivre.