‹ Saint François XavierChapitre 261 sur 820 · LuCENA, II, ch. 20, p · texte numérisé non relu

LuCENA, II, ch. 20, p

LES MARTYRS CINGHALAIS 301

A Gochin, Xavier le prit, le conduisit à l'ermitage de Saint- Jean-hors-les-Murs, le confessa, lui donna l'absolution; puis, le laissant faire sa pénitence dans la chapelle, s'en alla dans un bois voisin. La pénitence finie, le matelot sortit, chercha le Père et le trouva qui se flagellait. Il voulut l'arrêter. « Laissezmoi, dit François, faire un peu pénitence pour vous. » Mais le matelot, bouleversé, arracha la discipline des mains du saint et s'en frappa sans pitié en disant : « C'est à moi d'être châtié. »

Le témoin qui rapporta ce fait, un vieux soldat, ajoute que, depuis, le converti vécut en chrétien ^ .

1. Process. 1616, n. 10. Le témoin Martin Darvello tenait le fait du yétéran N. Pigneiro, «amarade du converti. Voir Gros, II, p. 442, 443.

Signalons encore les deux faits suivants qui doivent se placer vers cette époque.

Cosme Anes racontait en 1556 : « A son retour du cap Comorin (donc vers décembre 1544), il eut la bonté de m'interroger sur mes cargaisons. « Tout va bien, lui dis-je : •« il est parti sept navires chargés de poivre et autres denrées. J'envoie au roi un diamant <( que j'ai acheté dix mille pardaos et qui, en Portugal, en vaudra vingt ou trente. — Par « quel navire ? demanda-t-il. — Par l'Atoghia, capitaine Jean de Noronha. — J'en eusse pré- « féréun autre, dit François. » Cette réflexion me troubla. «Votre Révérence parle-t-elle « de la voie d'eau qu'on avait découverte?» Et le Père me répondit en propres termes: « Non, « ce n'est pas cela. — Alors, ajoutai-je, priez pour moi. » Je restai très anxieux, parce que, ce diamant, je n'avais aucune commission pour l'acheter. J'appris plus tard qu'une voie d'eau s'était déclarée à la base du grand màt. On songeait à s'échouer, ou à se réfugier sur un autre vaisseau. On coupa le màt, et voilà qu une planche se trouva, qui de nouveau fermait le trou [quo facto iterum tabula fluctibus aditum occlusit). On put vider le navire, et l'on entra à Lisbonne avec deux mâts seulement. » Et Cosme Anes attribuait à François le salut du navire {Process. 1556, Goa, n. 1).

Un autre souvenir se rattache au passage du saint à Cananore. Marguerite Ludovici, portugaise d'Evora, veuve, âgée de plus de cent ans, disait en 1616 : « J'ai connu et vu de mes yeux à Cananore le Père Maître François, que déjà on n'appelait plus que le Santo Padre. J'avais un fils, Grégoire, âgé de sept ans. Le Père Xavier, le voyant à la maison, prophétisa qu'il serait grand serviteur de Dieu : il en fut ainsi, car il entra chez les Franciscains, et y laissa une belle réputation de sainteté. Il s'appelait Fray Lucas. » La fille de la centenaire, Isabelle Alvarez, âgée de soixante-dix ans et plus, dit à son tour : « J'ai vu Maître François à Cananore. Mon père l'appelait un saint, et le traitait comme tel. Il dit à ma mère qu'il voulait le lui amener pour qu'elle le vît. Il vint, posa la main sur la tête de mon petit frère, prédisant qu'il serait grand serviteur de Dieu. Je puis l'assurer, car étant toute petite, j'étais là, appuyée au bras du fauteuil sur lequel le Père Maître François était assis. » De son côté le Franciscain disait à un Paraver qui le raconta plus tard : « Le Père François avait demandé l'hospitalité à mes parents. On se plaignit à lui de ma conduite et de mes vices. Il m'excusa sur mon âge et prédit qu'un jour je serais père de mes frères, et religieux de saint François. » [Process. 1616, n. 7, 8, 71. Cf. Gros, II, p. 393.) Fray Lucas mourut martyr à Kandy en 1504 (Bartoli, Asia, 1. I, p. 47 ; Marcellin DE ClVEZZA, VII, p. 248).

Page 1