Du Jarric, p
U. Valignano, p. 63 ; Lucf.na, 1. 111, ch. 8; cf. Bartoli, 1. I, n. 51 ; Sousa, I, p. 257.
j'allai à son logis, et le trouvai qui lisait. Je m'assis près de lui et lui dis : « Père, je vous ai demandé à Geylan de m'entendre « en confession : vous m'avez dit de venir vous retrouver ici. » Alors je lui racontai toute ma vie, qui j'étais, depuis combien de temps je me trouvais aux Indes, ce que j'y faisais. Depuis longtemps je désirais me consacrer au service de Dieu. J'avais différé l'exécution de mon projet, parce que je ne trouvais aucun guide. Mais la Providence me l'avait fait rencontrer. Je souhaitais vivement m'attacher à lui et le suivre partout où il irait. Le Père François s'excusa très fort. Je lui offris tous mes biens pour être distribués aux pauvres. Nous causâmes ainsi longtemps [et il me dit enfin que je devais avant tout me confesser. J'allais donc, l'espace de trois jours, me confessant, et traitant avec Maître François de grosses questions à propos de négoce; et enfin, par la grâce du Saint-Esprit, qui parlait par sa bouche, je me vainquis de telle sorte que, de là en avant, j'obéis à ses ordres] ^ »
« Je ne fus pas le seul qu'il arracha ainsi aux dents du démon. Un notable, nommé Jean Barbudo, n'avait pas communié depuis quinze ans, disait-on. Sa confession prit quatorze ou quinze jours ^ ; après quoi, à la grande admiration de tous, il communia. Et ainsi de beaucoup d'autres qu'il tira de mauvais commerces, qu'il maria, qu'il convertit...
« Or la jalousie du diable me tendit des pièges. Je m'arrachai à l'obéissance de François. Je péchai honteusement. J'achetai une esclave mahométane qui m'aida à préparer tout ce qu'il fallait pour un voyage. Tout était déjà sur le navire et j'allais m'embarquer, sans en rien dire au Père. Lui, inspiré d'en haut, appela un jeune garçon nommé Antoine, et lui ordonna d'aller au plus tôt me chercher, moi, Jean, qui étais sur le point de partir. L'enfant accourut : « Le Père François vous appelle », me dit-il. Tout troublé, je répondis : « Non, ce n'est pas moi. — Vous ne vous appelez pas Jean de Eyro ? me dit l'enfant; c'est bien vous que le Père veut voir. » J'hésitais ;que faire? Je me décidai à aller. A peine étais-je sur le seuil de la maison, que j'entendis le Père m'interpeller deux ou trois fois : « Vous avez
1 . Cette parenthèse est empruntée au texte du Père Gros, II, p. 396.
2. Sans doute encore à cause des questions de commerce, d'usures, de restitutions, etc.
Ôàb LA MISSION DE CEYLAN
péché, vous avez péché ! » Je baissai la tête : « C'est vrai, j'ai péché. — Allez vous confesser, allez vous confesser! » Bouleversé, je quittai la maison, vendis le navire le jour même, distribuai aux pauvres tout ce que j'avais, et me donnai au Père pour compagnon'. »
« Les gens de San Thomé, nous dit Valignano, en avaient très long à dire sur les œuvres de Maître François 2. » « Antoine Enriquez, noble indien, m'a assuré, disait en 1616 le Paraver Jean Nareguerique, avoir vu de ses yeux, dans l'église de Saint- Thomas, le Père François, disant la messe élevé d'une coudée au-dessus du sol. Des marchands m'ont assuré qu'ils avaient observé le même miracle au port de Tevanapatam^. »
Le Frère Thomas de Gamboa, jésuite, originaire de Méliapor, disait : « On le tenait pour un saint, aussi lui a-t-on élevé ici une chapelle... à l'endroit où, d'après la tradition, était l'hôpital où il logeait. Des personnes dignes de foi, et parmi elles la femme dont il s'agit, noble dame de cette cité, m'ont raconté que, lorsqu'elle était enfant, elle tomba malade : les médecins l'avaient condamnée. Déjà elle rendait l'âme, quand Xavier passa par là. La mère et les domestiques l'appelèrent. 11 entra, récita sur la mourante un évangile, fit le signe de la croix, et elle guérit^. »
Le fait suivant, rapporté par plusieurs témoins, a été consigné dans la bulle de canonisation.
« Le Père François était regardé comme un saint. Ce qui lui avait appartenu passait déjà pour relique. Donc, un marchand de ses amis, près de s'embarquer pour Malacca, alla lui dire adieu et lui demanda quelque petit objet qu'il gardât comme souvenir. Le Père se fit prier, mais l'autre insista si bien qu'enfin, tirant le chapelet qu'il portait au cou , François le lui donna, disant : « Gardez-le dévotement et vous ne mourrez pas en mer. » Le marchand partit. Peu après, une tempête survint qui mit le navire en pièces. Le naufragé et quelques autres se sauvèrent