Sel. Ind. Ep., p
peut-être même l'accusent-ils déjà de se disperser, ils trouvent que mieux vaudrait s'en tenir, pour le moment, à la réforme des Portugais. Mais, dès que François revient parmi eux et qu'ils ont causé avec lui, ils sont bien forcés d'avouer qu'une sagesse supérieure le mène, au rebours quelquefois de la sagesse d'icibas.
Les trois Pères continuèrent quelque temps à s'employer au collège. Le moment de partir n'était pas encore venu pour les princes cinghalais. Depuis six mois leurs affaires n'avaient pas avancé d'un pas ; elles avaient même reculé. Jean de Castro, le nouveau gouverneur des Indes, n'acceptait que sous bénéfice d'inventaire l'héritage politique de son prédécesseur. Du reste, les questions en litige ayant été portées au tribunal de Jean III, il fallait attendre la réponse. Et puis, que faire? Mettre un des deux princes de Gotta sur le trône de Jafnapatam? Qu'en penserait leur père? Ce rajah lui-même, comment le traiter? A l'occasion de son arrivée aux Indes, Castro lui avait envoyé une ambassade pour le saluer et sonder ses dispositions. Deux Franciscains étaient de l'expédition. Qu'allait-il en sortir? « Tous les jours, écrivait André de Sousa le 20 novembre, nous attendons le retour de l'ambassadeur et des deux religieux. Mais l'obstination et la cruauté du roi ne nous laissent aucun espoir. Aussi tient-on l'escadre toute prête à partir avec les deux princes pour leur restituer leur royaume ^ »
Et en effet, la persécution continuait à Cotta, compliquée de guerre civile et se dissimulant assez bien sous les apparences d'une lutte nationale contre l'invasion étrangère. Beaucoup de mécontents fuyaient à Goa. « Depuis que les princes sont ici, disait Jean de Beira, un des capitaines de leur père est arrivé suivi de dix autres gentilshommes et hidalgos cinghalais. Us avaient laissé leurs femmes, leurs enfants, leurs biens, et étaient arrivés, par la voie de terre, au milieu de grands dangers. Tous les jours ils viennent au collège et nous les instruisons. Nous écrivons la doctrine chrétienne en leur langue. C'est chose édifiante de voir leur dévotion^.»