‹ Saint François XavierChapitre 309 sur 820 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

.'i. Enumérant les peuples évangélisés par lui, la bulle de canonisation en signale quelques-uns chez lesquels nous ne voyons pas qu'il ait passé ; les Javanais par exemple et les Atchénois. Mais il se faisait dans les mers d'Orient un va-et-vient continu de marchands, de matelots, d'esclaves. Sans aller à Java ou à Sumatra, François a pu rencontrer à Malacca, confluent de nombreuses lignes commerciales, les représentants d'un peu toutes les races d'Asie. Les Javanais, ou peut-être plus exactement les Madoérais, pirates, négociants et soldats, y avaient leurs quartiers. Ce sont eux qu'on retrouve dans l'histoire de tous les sièges de la ville et dans toutes les persécutions musulmanes d'Amboine. Eux aussi, les Atchénois y étaient connus. Nous parlerons plus loin de Mindanao, qui est signalée également dans la bulle. « Ipse primas Paravis, Malais^ Jais, Acenis, Mindanais, Malacensibus et Japonibus Evangelium Christi annuntiaferal. »

4. Pioeess. 1556, Goa, n. 8. Cf. Lucena, III, ch. \S, p. 206; Bartoli, 1, U, n. 4; Sousa, I, p. 329.

L'apostolat des Portugais était Fœuvre la plus urgente et paraît avoir absorbé presque tout le temps de l'apôtre.

Ici nous sommes obligés de nous répéter. Ce que le saint avait fait à Goa, à San Thomé,sur les vaisseaux, illerefità Malacca. Au témoignage du Père Yalignano cependant, nulle part il ne poussa plus loin la charité condescendante au service des pécheurs.

« Voyant, dit le vieux biographe, qu'il n'y avait pas d'autre remède, il se fit si bien tout à tous, qu'aujourd'hui encore (vers 1574)Malaccas'étonneà ce souvenir, llliaitbonneamitié avec tout le monde ; ses conversations étaientjoyeuses ; il allait trouver les gens au jeu, montrait qu'il y prenait intérêt. Lorsque, par déférence pour lui, ils voulaient cesser, il les conviait aimablement à continuer, leur disant que, soldats, ils ne devaient pas vivre comme des moines. Dès lors que Dieu n'était pas offensé, mieux valait jouer et s'amuser que blasphémer et commettre d'autres fautes.

« Il s'invitait lui-même à dîner, tantôt chez l'un, tantôt chez l'autre, allant à leur maison, avec une grande familiarité, félicitant sur le service, sur la vaisselle, demandant quelle était la cuisinière qui avait préparé le repas, priant son hôte de la faire venir, lui faisant bon visage, louant ses talents culinaires et la congédiant en lui disant d'être une sainte.

« D'autres fois, il demandait à son hôte de lui montrer sa maison : il n'y avait pas de coin qu'il n'examinât : « Quelle est la servante qui loge là ? de quel pays est cette autre ? » 11 se montrait content de tout, si familier avec eux, qu'il se faisait soldat avec les soldats, marchand avec les marchands. Non seulement les Portugais, mais aussi leurs esclaves et leurs valets aimaient le Père, se plaisaient à l'inviter à dîner dans leurs cases. A tous il montrait le même amour ^ »

Nous savons quelles étaient les conséquences invariables de ces visites : l'ordre moral rétabli dans la maison, les liaisons illégitimes rompues ou régularisées, les foyers chrétiens fondés. Mais il fallait aller pas à pas. « Certains, poursuit Yalignano, étaient mal disposés et résistaient aux efforts du Père. 11 leur disait alors : « S'il vous faut tant de servantes chez vous, lesquelles

« cependant ne servent qu'à vous perdre et à vous faire souf- « frir, qui se querellent sans cesse, troublent la maison, multi- « plient les dépenses; puisque vous ne pouvez pas les congédier « toutes, au moins, pour l'amour de moi, congédiez-en une ou « deux. » Plus tard, il revenait dîner chez ces mêmes pécheurs, obtenait un autre congé pour diminuer les offenses de Dieu et gagner sa miséricorde. Enfin, il ne restait plus au logis qu'une esclave avec qui l'homme vivait dans le péché, moins par malice que par faiblesse. Il n'y avait plus alors d'excuses possibles. Et ainsi, n'exigeant que ce qu'il pouvait exiger pour l'instant, détachant le coupable d'une occasion puis d'une autre, il finissait par célébrer un mariage en règle. Tel Portugais fut ainsi détaché de sept esclaves ^»

Une de ses grandes forces pour arriver à ces résultats, c'était, avec son tact et son affabilité, sa pureté incomparable. On le savait au-dessus de toutes les misères des sens, et nulle part peut-être mieux qu'à Malacca, l'on était à même d'apprécier cette vertu. Aussi marchait-il au milieu du feu sans en être même effleuré. Tout passait venant du Santo Padre. Xavier pouvait entrer partout : il était l'ange de la pureté et du pardon. Il faut avouer qu'il allait loin quelquefois.

Un jour il voulut convertir un marchand chinois, baptisé mais qui vivait mal, Xavier s'invita à souper, puis la conversation se prolongea. Le soir vint : le saint pria qu'on lui donnât l'hospitalité pour la nuit. Le Chinois commençait à s'étonner. Ce fut bien pis quand, la chambre prête, François demanda qu'on y fît entrer l'une des deux esclaves de la maison. Mais aussitôt la porte fermée, le marchand, qui épiait, vit le Père se flageller rudement, puis offrir à la pauvre femme stupéfaite une autre discipline, en lui ordonnant de l'imiter. Le marchand avait compris. Il entra brusquement : « Père, ce n'est pas à vous à répandre votre sang pour mes péchés ! » Tous deux alors sortirent, ils causèrent ensemble et François laissa le Chinois décidé à changer de conduite. Peu après, les deux servantes le quittaient, convenablement dotées, et se mariaient^. C'était là une de ces démarches que le Père de Quadros, tout en admi-

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