Elle mourut avant le 29 juillet 1529. Doc, p
Dans la rue aux Chiens, François dut souvent croiser ce vieil étudiant en grammaire qu'on appelait « le pèlerin ». Boiteux, pauvre, obligé pour vivre de tendre la main, et prêt à se faire balayeur de collège; gentilhomme cependant, mais d'autant plus déchu pour des yeux mondains qu'il portait allègrement son humiliation : tel est le premier aspect sous lequel Ignace dut apparaître aux yeux de don François de Jassn y Xavier.
Ajoutons que, dans la colonie espagnole, l'étudiant ascète passait pour un exagéré. Même chez les gens graves, on ne voyait pas sans défiance l'influence qu'il exerçait autour de lui. On avait alors le soupçon facile : il y avait de l'hérésie dans l'air. Un jour il fut déféré à l'Inquisition; ce n'était ni la première ni la dernière fois : l'affaire n'eut pas de suite. Un autre jour trois Espagnols de ses disciples ayant, lui absent, changé brusquement de vie, vendu leurs meubles, et commencé à mendier, la population scolaire s'ameuta, défonça les portes de l'hôpital où ils s'étaient logés et les ramena à leurs collèges. L'un d'eux était de Sainte-Barbe. Grande colère du principal, Jacques de Govea, qui menaça le « pèlerin », s'il avait l'audace d'entrer dans son établissement, de lui donner ce qu'on appellait « la salle », c'est-à-dire de le fouetter devant maîtres et élèves. Tout cela n'était pas, si jamais les circonstances rapprochaient Ignace et François, pour faciliter les rapports ^
Peu à peu les esprits se calmèrent, si bien qu'à la rentrée de 1529, Govea reçut le « pèlerin » parmi ses convictores. Il avait trente-huit ans, et commençait son cours de philosophie. Or Dieu voulut qu'au nouveau venu Fon assignât la chambre où déjà travaillaient Le Fèvre et Xavier-.
« Cette année, écrit le B. Lefèvre dans son Mémorial^ Ignace vint habiter dans ce même collège de Sainte-Barbe, et dans la même chambre (que nous), voulant, à la Saint-Remi, entrer avec nous dans le cours des Arts. C'était le susdit maître Xavier qui devait prendre cette charge. Bénie soit à jamais la divine Providence qui a si bien ordonné les choses pour mon profit et mon
1. G. DA Camara, vida del P. Ign., n. 78 {Mon. Ignatiana, Scripta de S. Ign., 1. 1, p. 83); — PoLANCO, Chron.^p. 45.
2. PoLANCo, p. 48. — Le I'kvre, Mémorial, p. 7 : « In eodem colleg-io et in eodem cubiculo ». Ils ne furent pas toujours conchambristes : « In eadem domo, diversis tamen cubiculis » (S. Rodriglez, p. 8).
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salut! En effet, comme il avait été réglé par lui que j'enseignerais ce saint homme, je pus jouir d'abord de sa conversation, ensuite de son intimité ^ »
Le texte que nous traduisons mot à mot n'est pas très clair. On ne voit pas nettement quelle était cette charge que Xavier devait assumer, ni par quelle autorité il put régler que Le Fèvre servirait de répétiteur au nouveau venu. Il n'était pas encore professeur, mais il préparait ses examens de licence et pouvait aider dans leurs travaux ses condisciples moins avancés. On dut le prier de s'occuper d'Ignace. Pour quelles raisons passat-il ce travail à Le Fèvre ? Celui-ci ne le dit pas. Quoi qu'il en soit, il laissa le jeune Savoyard subir seul l'influence de cet élève d'un genre nouveau, et, en même temps qu'il lui enseignait la dialectique, apprendre de lui la science des saints.
S'il est permis de lire entre les lignes, nous serions tenté de voir là un acte de défiance, discrètement voilé par la charité de Le Fèvre. Mondain comme il l'était encore, Xavier devait se sentir médiocrement attiré vers cet homme qui poussait les étudiants à se confesser et à communier, en un temps où la fréquentation des sacrements était rare, qui prêchait le dépouillement et la croix, peuplait de ses amis la Chartreuse ou les couvents des Franciscains 2, vidait les classes quand l'heure des exercices scolaires coïncidait avec les offices des jours de fête 3. Xavier était là sans doute quand, de ce dernier chef, Ignace faillit subir, devant tout le personnel de Sainte-Barbe, le châtiment de la « salle ». Sans doute l'épreuve se termina par une sorte de triomphe, et le principal, Govea, rendit pleine juslice à son pensionnaire. Mais on aimerait à savoir ce qu'au fond de l'âme, le jeune ambitieux en pensait.
Ignace, averti par ces expériences nouvelles, redoubla de prudence. Le moment n'était pas venu de laisser libre cours à son zèle. La paix se fit autour de lui. Du reste on apprenait à connaître sa charité. Il employait ses loisirs à rendre
1. « Ignatius... volens nobiscum ingredi cursum arlium... Erat... Xaverius id oneris suscepturus... Cum... ab illo fuisset ordinatum ut ego docerem praedictum sanctum ■virum... » Le P. Gros {Doc, p. 305) iv&àmi suscepturus par « s'était d'abord chargé ». Le mot n'indique pas que l'initiative soit partie de Xavier.