Lainez, dans Scripta de S. Ign., t. I, p
3. PoLANCO, CAronicon, p. 47. — Ribadeneira, dans Scripta..., p. 383, 384.
service aux écoliers pauvres; il leur procurait des ressources et s'entremettait pour eux auprès des professeurs. Ceux-là du moins qui le connaissaient mieux, ou qui lui devaient quelque chose étaient moins sourds à ses bons conseils. Ils ne pouvaient décemment fermer l'oreille à qui prenait en main leurs intérêts. C'est justement ce qui arriva pour François Xavier.
Le 15 mars 1530, Le Fèvre et Xavier clôturèrent leurs études philosophiques par l'examen de licence. Les deux candidats durent soutenir un acte public devant un jury de quatre examinateurs, un de chaque nation. La cérémonie se passait à Sainte-Geneviève. Puis l'admission dut être proclamée dans l'église des Mathurins. Après Pâques, dans la même église, le diplôme leur fut remis solennellement par le chancelier. Désormais ils avaient le droit d'enseigner les « arts », hic et ubiqiie terrarum *.
Restait à recevoir le bonnet de maître, birettari, et à s'enrôler dans la grande corporation universitaire. Le futur maître, par manière de chef-d\rui're, devait exhiber un élève formé par lui, et chargé de défendre ses thèses. Simple formalité, mais qui coûtait cher. Beaucoup en faisaient le sacrifice. Le Fèvre attendit six ans'-. Nous ignorons à quelle date François fit les démarches en usage.
Le maître es arts, s'il voulait aller jusqu'au bout dans sa carrière d'université, était à peine à mi-chemin. Après la philosophie, restait à aborder la reine des sciences, la théologie; donc, sur ce terrain nouveau, repasser, d'examen en examen, par les grades de bachelier et de licencié, pour arriver au degré suprême, le doctorat. Cependant il fallait vivre et se créer des ressources. Alors, mettant à protit la licence d'enseigner qu'il venait de recevoir, le nouveau maître s'assurait quelques élèves, cherchait dans un collège une place de régent, et dès
t. La date des examens fut copiée sur les registres de Sainte-Geneviève par le P. Pelau et l'historien du Boulay [Acta S. S., 31 juillet, n. 170, 172). L'année commençant à Pâques, et Pâqpies tombant cette année-là le 17 avril, le 15 mars 1529 du document, correspond au 15 mars 1530, selon le comput actuel.
2. Après Piques 1536 (Gros, Doc. 307). — Saint Ignace, /{C(rntiVlel3 mars 1533,prit le bonnet le 14 mars 1534 (Gros, Doc, 261, 262. — Fouquerat, Hiat. de la C. de J. en France, t. F, p. 17).
l'étudiant 35
lors menaitde front l'étude personnelle elle professorat. Maître François Xavier fut ainsi agréé comme professeur de philosophie au collège de Dormans-Beauvais \
Que fut son enseignement? Nous ne savons; aucun écho de ses cours n'est parvenu jusqu'à nous. Quelle place conviendrait-il de lui assigner parmi ces hommes de doctrine, comme Le Fèvre, Lainez, Salmeron, qui ont joué un rôle si marquant dans les diètes de l'Empire et au concile de Trente? Il n'eut pas, en Europe, le loisir de donner sa mesure. Le genre d'apostolat que Dieu lui réservait demandait les qualités de l'homme d'action, et plus d'héroïsme que de science. Pourtant il n'oublia jamais qu'il était maître et théologien. Souvent au Japon, il dut faire appel à ses souvenirs d'université. Parfois on l'interrogeait sur la forme de la terre, la pluie, la foudre, les comètes. « Nos réponses les charmaient, déclarait-il, et ils nous tenaient pour grands savants 2. » Ces réponses cependant étaient pour la plupart empruntées à la science médiévale, qu'aucune grande découverte n'avait encore détrônée. Mais souvent aussi les questions des docteurs bouddhiques l'amenaient à discuter les problèmes les plus ardus de la philosophie chrétienne, nature de Dieu, essence de l'âme, volonté salvifîque ; il se félicitait alors de s'être fait l'esprit, dans sa jeunesse, à ces vieilles méthodes scolastiques qui apprennent à voir les questions sous toutes leurs faces et à disséquer les arguments pour mettre à nu le sophisme. Cette dialectique aristotélicienne, si injustement dénigrée, à ce moment-là même, par ceux-là précisément qui avaient le plus à en redouter les rigueurs, François Xavier eut à l'employer contre les subtilités infinies des logiciens d'Extrême-Orient. Aussi, réclamant des apôtres pour ce qu'il appelait les universités du Japon, il écrivait : « Des
1. Fondé en 1370 par Jean de Dormans, cardinal évêque de Beauvais, pour 12 boursiers originaires de Dormans en Champagne. Il avait une chapelle dédiée à saint Jean l'Evangéliste. Restaurée par les Pères Dominicains en 1867, cette chapelle fut fermée aux expulsions de 1880 et passa depuis au culte orthodoxe grec. Au xviii' siècle, ce collège eut pour directeurs Rollin et Coffin. Il correspondait au n* 7 de la rue actuelle Jean de BeauTais. D'après une tradition, François aurait quelque temps habité dans
la tour Saint-Jean-de-Latran, appelée depuis tour Bichat, et détruite en 1855.
L. Pages, Lettres de S. François Xavier, t. I, p. viii; cf. Berty, op. cit., p. 103; — Cha- POTIN, 0. P., Le Collège Dormans et la chapelle Saint-Jean l'Evangéliste.