III. — Le ihaiimaturge
Cependant les grâces ne manquaient pas aux auditeurs du saint. Parmi les guérisons et prophéties rapportées aux deux procès canoniques de 1556 et de 1616, plusieurs eurent Malacca pour théâtre ^ .
En 1556, Antoine Sala Pereira, fidalgo, déclarait : « J'ai ouï dire au Père Maître Diogo (de Borba), un jour que nous parlions des vertus du Père François, que ledit François était un saint à miracles. Il avait lu dans un mémoire envoyé de Malacca que le Père avait ramené à la vie la fille d'une indigène convertie. Ce mémoire fut, l'année même, envoyé à la reine de Portugal, et il méritait pleine confiance 2. » Il s'agit sans doute du fait suivant, narré en 1616 par une bonne vieille Chinoise de 120 ans, Lucia de Villanzam. Elle avait autrefois connu le saint à Malacca et à Cochin, et plus d'une fois fréquenté ses catéchismes. « Deux marchands, disait-elle, un Portugais et un Malaquais, m'ont raconté ce qu'ils ont vu de leurs yeux. La fille d'une femme de la ville était morte : c'était pendant une absence du Père. Quand il revint, il y avait trois jours qu'elle était ensevelie. La mère alla trouver le saint, se jeta à ses pieds, disant : « Père, si vous aviez été là, elle ne serait pas morte. — « Votre fille n'est pas morte ^), reprit-il. Cependant la mère affirma qu'il y avait trois jours que son enfant était inhumée. Xavier lui dit de s'en aller, d'ouvrir la sépulture, affirmant que Dieu allait lui rendre la vie. La mère obéit, ouvrit le tombeau et trouva sa fille vivante^. »
On aura sans doute plus de confiance dans le récit suivant que nous devons au compagnon même de Xavier, Jean de Eyro, à Antoine Mendez, habitant de Malacca, témoin oculaire, et au pro|)re père du miraculé, Jean Fernandez de Igler.
Ce dernier avait eu d'une Javanaise un fils, Antoine, alors âgé de quinze à dix-huit ans. Il tomba malade et bientôt fut à
1. Ces faits ne sont pas datés : nous les groupons ici pour n'avoir pas à les disperser un peu au hasard. Ajoutons qu'aucun n'a été recueilli dans la bulle de canonisation.