Process. 1610, n
toute extrémité. La mère, qui n'avait point, en recevant le baptême, abjuré les superstitions de son enfance, eut l'idée de recourir à une sorcière du pays. Le Malacca indigène regorgeait de cette sorte d'industriels. On n'y parlait que de philtres, d'enchantements, d'herbes magiques. La Javanaise fit donc venir la sorcière, puis une autre originaire des Moluques, qui, peu auparavant, avait été pour ses maléfices exposée au pilori devant l'église. La jNIoluquoise fit ses sortilèges, attacha au bras gauche de l'enfant un cordon de soie magique. Tout de suite, l'état empira. Pendant trois jours, le malade perdit l'usage de la parole et des sens, et entra en convulsions : « Que faitesvous ? dit une chrétienne indigène. Envoyez chercher le Père Maître François. » Antoine Mendez y courut. Xavier vint voir le petit malade, s'étonnant qu'on ne l'eût pas fait appeler plus tôt : c'était pendant la nuit. A peine fut-il entré, l'enfant, tranquille jusque-là, s'agita, gesticula comme un énergumène. Xavier lui présenta le crucifix : et le malade de crier et de cracher sur la sainte image. Antoine Mendez fut obligé de le prendre et de le tenir à bras-le-corps, Xavier se mita genoux, récita la Passioa, et pria pendant deux heures. Puis, revêtu de l'étole, il commença les exorcismes. Dèsqu'il eut prononcé le nom de Jésus, une crise furieuse éclata. Au milieu des cris et des crachats, le prêtre continua à asperger l'enfant d'eau bénite, à lui appliquer des reliques et le crucifix. Enfin, épuisé, le malade tomba comme mort. Xavier fit sortir tout le monde pour le laisser reposer, dit qu'on préparât uu repas, ordonna de commencer une neuvaine dans l'église de Notre-Da'me, promit de dire la messe le lendemain, et assura qu'à ce moment aurait lieu la guérison. Le lendemain en effet, le saint étant encore au bas de l'autel, le mieux se manifesta. L'enfant recouvra la parole; son père, l'entendant qui gémissait, déclara au médecin : « Ce n'est pas vous qui luifaites pousser ces plaintes. » La messe finie, la guérison était complète. « Depuis lors, ajoute iVntoine Mendez, j'ai vu ce jeune homme en bonne santés »
Un des miraculés de Xavier, François de Ghaves, qui fut un moment jésuite, et mourut plus tard en Chine sous l'habit de
1. Process. 1556, Bassein, n. 4 (Eyro) ; Malacca, n. 3 (Mendez); n. 6 (Fernandez).
saint François, aimait à raconter comment le saint l'avait « ressuscité », Jérôme Vieyra, vicaire général de Cranganor, lui aussi ancien jésuite, disait en 1616 : « iVu temps où nous étions tous deux dans la Compagnie, à Goa, François de Ghaves était chargé de l'infirmerie' Un jour je priais, au collège Saint-Paul, près du tombeau du Père François Xavier. Je sentais en moi une grande consolation, très douce, qui me remplissait ; aussi, je prolongeais ma prière. Survint l'infirmier qui me cherchait pour servir un malade. Je répondis que je ne pouvais m'arracher à cette joie qui me venait du sainttombeau.Sur quoi le Père Fr. de Ghaves me raconta que le Père Maître Xavier, à Malacca, l'avait arraché à la mort, rien qu'en le touchant de la main et en disant sur lui un Evangile. Et François de Ghaves me faisait ce récit, les larmes aux yeux^ » A d'autres le miraculé racontait : « Etant petit, on m'avait mis dans la bouche une flèche empoisonnée. J'en mourus. Ma mère, très dévote au Père Maître François, allale prier de venir. 11 vint, m'appela par mon nom: « François, levez-vous! » Il me prit par la main et je me levai guéri. G'est ainsi que ma mère me contait le fait^. »
Les anecdotes de ce genre se multiplient jusqu'à devenir monotones. Ruy Diaz Pereira : « Mon frère était mourant, désespéré de tous. Le Père François vint le voir, le confessa, déclara qu'il allait guérir, et à peine le saint avait-il disparu que le malade se leva. Lui, qui depuis trois jours n'avait rien pu absorber, demanda aussitôt à manger^. » François Lopez d'Almeida : « J'étais malade, c'était à Malacca. J'avais presque perdu connaissance; ledit Maître François vint me voir, m'imposa les mains et aussitôt je revins à moi, complètement guéri. Ge qui m'arriva alors, arriva à beaucoup d'autres de Malacca. Quand ils étaient gravement malades, il suffisait que le Père vînt, récitât sur eux un évangile. Aussitôt ils étaient en santé ^. »
« Le Père Maître François, disait un infirmier de l'hôpital,, a dans les mains une telle vertu, qu'il lui suffit de toucher pour