IV. — Les nouvelles
En dépit de ces miracles, les Malaquais restaient plus froids pour les choses de Dieu que l'apôtre n'eût voulu. Raison de plus pour regarder au loin, vers les régions où la moisson blanchissait. Il était bien placé, à Malacca, point de rencontre •de nombreuses voies commerciales, pour avoir des nouvelles des pays lointains, et il épiait, dans les récits que lui faisaient les marchands, tout ce qui laissait entrevoir quelque espérance de conquête apostolique.
Vers ce temps là, il put recueillir d'intéressants rapports sur la Chine. Il y avait trente ans que les marchands portugais avaient repris le chemin du Cathay, abandonné des Européens depuis un siècle et plus, mais toujours connu des Arabes. En 1516 Raphaël Perestello avait abordé à Canton-. L'année suivante l'amiral Fernand Pérez d'Andrade y déposait, comme ambassadeur, l'apothicaire Thomas Pérez, explorait les côtes du Fou-kien, et laissait partout la réputation d'un homme redoutable mais juste^. Peut-être, si le Portugal n'avait eu que des gens comme lui pour le représenter en Extrême-Orient, la Chine eût été moins obstinée à se fermer aux Européens et à leur religion. François Xavier y eût trouvé l'Evangile déjà installé depuis vingt ans. Par malheur quelqu'un vint tout gâter. L'ambassadeur apothicaire, après deux ans d'attente, avait enfin (janvier 1520) obtenu l'autorisation de monter à Pékin, et il s'éloignait lentement de Canton, quand apparut, avec une
1. Gros, t. II, p. 404. Citons encore ce récit des deux prêtres Jean Alvarez, et Valentin de Barros, ce dernier vicaire à San Thomé de Malacca. Ils disaient en 1616 : « Un jour, l'homme qui servait le Père profita de son absence pour aller en rille et, là, commit je ne sais quelle faute. Le Père rentra, enleva la soutane propre qu'il avait prise pour dire la messe, la suspendit, et il se fit alors une déchirure : m Vous avez fait une -sottise, dit-il en se retournant vers le garçon, cette déchirure me le dit : allez vous confesser vite et me rapportez un billet de confession. » Lorsque le jeune homme revint, François lui dit : « Allons voir maintenant la soutane . » La déchirure avait disparu san» laisser de trace. Gros, II, p. 404.