IV. — Quid prodest homini
Cependant saint Ignace, discrètement, dans la foule scolaire qui l'entourait, parmi les âmes de bonne volonté qu'il menait à la perfection, cherchait à discerner ses futurs compagnons. Averti par ses précédentes expériences, il procédait avec lenteur. Avant tout, il essayait d'entrer profondément dans les cœurs pour les remplir de Dieu. L'avenir devait lui dire s'il convenait d'aller plus loin et d'ouvrir le grand horizon de l'apostolat en commun.
Naturellement il avait jeté les yeux d'abord sur ses connaissances de Sainte-Barbe. Le Fèvre avait été gagné sans résistance. François l'avait frappé par ses rares qualités d'énergie, de fierté, d'intelligence, et il avait entrepris de le gagner à la sainteté. Ce fut long et dur. 11 fallait commencer par le détacher de ses rêves ambitieux, et lui en montrer la vanité. A cette époque, il faut le noter, Xavier se qualifiait «clerc du diocèse de Pampelune^ » ; il avait donc déjà reçu au moins la tonsure, et la carrière où il voulait entrer était celle des dignités ecclésiastiques.
Donc, lorsque l'étudiant ou le jeune professeur, quelque peu enivré par les succès, étalait devant ses amis ses projets d'avenir. Le Fèvre, qui, lui, souhaitait l'oubli et le travail obscur, le laissait dire. Mais Ignace, avec calme, faisait tomber sur cette effervescence une simple parole de l'Evangile: « Que sert à l'homme de gagner l'univers, s'il vient à perdre son âme? » Xavier répondait en plaisantant.
« Il était jeune, racontait plus tard le Père Polanco, gaillard et noble biscayen : ayant assez bien étudié dans la philosophie, il faisait assez peu d'état d'Ignace qui, pour lors, allait