I. — Le voyage
La saison était venue d'appareiller. Un fort navire marchand, en partance pour Banda, Moluques du Sud, mettait à la voile. Le capitaine prit à son bord le Santo Paclre., lui promettant de le débarquer en passante Amboine(l^'" janvier 1546). Le voyage était de 3.500 kilomètres et d'un mois et demi^.
Voyage dangereux. On ne pouvait entrer dans les mers malaises qu'à travers un dédale d'îles et d'îlots, de' passes et de détroits. Puis il fallait longer les côtes basses de Sumatra ou les falaises granitiques de Banka, vrais repaires de pirates, où, à chaque détour, on pouvait voir surgir les grandes barques armées en guerre des Atchénois, des Madoérais, ou du sultan de Bintang. Les pirates se montrèrent, mais on parvint à les éviter. Puis se leva une tempête. On devait être près de Sumatra, sur la côte nord-est, là où les plaines alluviales de la grande île se prolongent sous les eaux par de vastes bas-fonds. « Le vaisseau, raconte Xavier, jaugeait 400 tonnes; poussés par le vent, nous avons été plus d'une heure, labourant de la quille le banc de sable. Si nous avions heurté un écueil, le vaisseau se brisait. Si l'eau s'était un moment trouvée moins profonde, nous nous ensablions. On pleura beaucoup sur le navire^. »
Presque toujours les tempêtes étaient pour l'âme de saint François Xavier une occasion de se fixer dans la confiance en Dieu, sans mélange aucun de crainte ou d'espérance humaine. C'était