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l'étudiant 37
vivotant à la merci d'autrui... A peine le rencontrait-il sans se gaudir de ses desseins. » Le « pèlerin » avait des amis, qui ne refusaient pas, on le savait, de prendre ses conseils. Deux jeunes étudiants d'Alcala, Jacques Lainez et Alphonse Salmeron, sur le récit qu'on faisait de ses vertus, l'étaient venus trouver à Paris. A eux aussi, François « jetait quelques mots de risée* ».
Il se laissait si peu toucher par le refrain ascétique d'Ignace, quid prodest? que, justement vers ce temps-là, pour mieux s'assurer l'avenir, il faisait vérifier ses titres de noblesse (1531) ~. Peut-être aussi n'était-il pas fâché de pouvoir opposer des pièces authentiques aux incrédules qui comparaient la gène où il vivait avec son nom quelque peu retentissant « don Francisco de Jassu y Xavier ».
Il souffrait en effet. L'Université de Paris, à la différence des autres, n'était pas fondée. C'était donc aux élèves à payer l'enseignement. Tous les ans, le professeur leur donnait un banquet, et alors il touchait ses honoraires, la minervale. Petit revenu, car les écoliers étaient facilement à court de finances. François y ajoutait ce qu'il devait recevoir de Dormans-Beauvais et ce qui lui venait de Navarre. C'était encore peu de chose, et, en 1535, dans une lettre à son frère, le capitan don Juan d'Azpilcueta, qui lui faisait passer de temps en temps un peu d'argent, il parle des « épreuves et tribulations de la vie d'étudiant », de ses « besoins », de ses « misères ».
Ignace ne pouvait ignorer la gêne du professeur. C'était une porte que Dieu lui ouvrait pour entrer dans cette âme. Délicatement, sans se laisser rebuter par les fins de non-recevoir qu'on lui opposait, il continuait à en faire le siège méthodique.
1. Dans un dialogue du P. E. Auger (Ferd. Tournier, Saint François Xavier d'après un manuscrit inédit du P. Augtr, Etudes, 9 déc. 1906, p. 662-663). L'auteur de l'article répond ù plusieurs difficultés du P. Astrain, qui mettait en doute ces moqueries de François (op. cit., I, p. 71).
Quand on demandait ù saint Ignace qui était le plus ancien dans la Compagnie après Le Fèvre, il répondait : « Lainez et Salmeron ont fait les Exercices en même temps, avant Xavier ; mais Xavier était déjà beaucoup plus familier dans la Compagnie ; mas Javier era ya muy mas familiar en la Compania. » (G. da Camara, Memoriale, p. 220-221.) Lainez et Salmeron avaient sans doute accepté l'influence d'Ignace avant Xavier. Mais Ignace avait accepté Xavier comme compagnon définitif avant Lainez et Salmeron. Astrain, p. 72-73.