‹ Saint François XavierChapitre 335 sur 820 · P. Wl · texte numérisé non relu

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absolumentdéterminé à la fonder en ce bout du monde de Maluco, car elle serait fort utile au service de Dieu Nôtre-Seigneur^. » En conséquence, il va appeler quelques Pères auprès de lui. Mais, pour prévenir les objections, que bien certainement on lui fera, que sans doute on lui a déjà faites, aux Indes et en Europe, il justifie cette fondation nouvelle.

Aux Indes, on n'a aucun besoin de lui. 11 y a au cap Comorin, outre Mansilhas, un prêtre espagnol et trois prêtres indigènes ; à Ceylan, cinq Franciscains et deux autres prêtres; ils suffisent à l'entretien des œuvres existantes. Pas d'autres chrétientés que <"es deux-là, dans l'Inde. Quant aux forteresses, elles ont des vicaires. C'était bien peu pour faire des conquêtes, c'était assez pour se maintenir sur ses positions. Aux Moluques, il n'y a rien 2.

« II faut que vous le sachiez, — c'est aux Pères de Goa qu'il s'adresse, — de ce côté-ci, les nôtres sont nécessaires. Nécessaires, vous l'êtes ailleurs. Mais ici la nécessité est plus urgente. Je vous en supplie donc, par l'amour du Christ Notre- Seigneur, vous, François Mansilhas, et vous, Jean de Beira, venez où je suis. Or, pour que votre venue soit plus méritoire, je vous l'ordonne en vertu de la sainte obéissance. Au cas où l'un d'entre vous serait mort, le survivant partira avec Antoine Criniinale. De telle sorte, il restera un Père avec les chrétiens et les prêtres indigènes du cap Comorin. S'il arrive du renfort d'Europe cette année, pour l'amour de Dieu Notre-Seigneur, que tous aillent au cap Comorin instruire et aider les chrétiens. » Tout cela, « au nom de la sainte obéissance et pour l'accroissement de vos mérites », dit-il. Mais encore, nous pouvons le supposer, il voulait, par cet acte d'autorité, couper court à toutes les instances qu'on leur ferait, à Goa, pour les retenir^.

A ces ordres nets et sans glose possible, il ajouta un certain nombre de recommandations pratiques. D'abord on lui enverra, sur les Pères qui pourront arriver d'Europe, des renseignements amples et précis. Les lettres qu'ils auront pu apporter avec eux de Lisbonne, ceux qu'il appelle aux Moluques les

\.Mon. Xav., p. 403.

lui feront parvenir. Il écrit en mai 1546 ; sa lettre sera à Goa dans un peu moins d'un an, vers février 1547. Les missionnaires qu'il attend ici quitteront immédiatement le cap Comorin pour gagner Goa. Le « vaisseau du roi » part ordinairement pour Maluco en avril. Ils s'y embarqueront. Qu'ils fassent vite. Car le moindre retard reculerait d'un an leur arrivée. — Probablement, sur ce navire, viendra aussi le nouveau capitan de Ternate, ramenant le roi Aério, naguère envoyé aux Indes, comme coupable de trahison. Quel appoint pour la foi s'il revenait chrétien ! Quoi qu'il en soit de ce roi, que les Pères se hâtent, on a besoin d'eux. — 11 faudra se munir du mobilier nécessaire au culte; par conséquent que chacun apporte sa chapelle. Mais pas de calice d'argent. Le cuivre est plus sur inier gentem non sanctani^.

« Vous êtes membres de la Compagnie, conclut-il ; j'ai confiance en vous. Pour l'amour de Dieu Notre-Seigneur, vous ferez tout ce que je demande. Vous aurez plus de mérite à le faire au nom de l'obéissance. Je n'en dis pas plus, si ce n'est que l'espérance de vous voir fait ma joie. Plaise à Dieu que ce soit pour sa plus grande gloire et la consolation de nos âmes*^! »

A voir François insister ainsi sur l'obéissance, ne dirait-on pas qu'il lisait dans l'avenir? De là lui viendront, sous peu, de pénibles difficultés. Les missions indiennes sont crucifiantes. Il faut des hommes assez morts à eux-mêmes pour accepter de sa main les postes les plus périlleux, assez souples pour être envoyés du nord au midi et des Indes aux Moluques, selon les besoins du moment. Certains trouveront cette abnégation audessus de leurs forces et y perdront leur vocation. L'un des destinataires de cette lettre n'allait pas tarder à en faire la triste expérience.

Les Pères de la Compagnie allaient donc être ainsi répartis : au collège de Goa, Paul de Camerino et Lancilotti; au cap Comorin, Antoine Criminale; aux Moluques, Mansilhas et Jean

1. P. 418, 419. « Parmi celte race impie. » L'Eglise, de temps immémorial, demandai^ que les calices fussent on or ou en argent. Mais les anciens conciles (Reims, 815) admettaient pour les églises très pauvres, l'usage de métaux moins précieux, étain, cuivre, etc.

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