‹ Saint François XavierChapitre 336 sur 820 · Mon. Xai^., p · texte numérisé non relu

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de Beira. Xavier comptait que, d'Europe, il lui arriverait, sans tarder, d'autres collaborateurs. Mais, si abondants qu'on les suppose, les envois de missionnaires seront toujours audessous des nécessités. Les Indes ne pourraient-elles pas fournir leur contingent? 11 ne s'agit plus ici des prêtres séculiers formés à Goa, à Cananore, à Ternate. La Compagnie elle-même ne pourrait-elle se recruter sur place, au moins dans la population européenne? Question délicate dont Xavier n'a pas encore vu toutes les faces. Pour le moment, il la résout par l'affirmative.

« Je vous en prie, par le service que vous devez à Dieu Notre-Seigneur, mes Frères, essayez d'attirer à notre Compagnie des personnes de bonne vie qui nous puissent aider à enseigner la doctrine chrétienne dans ces îles. Chacun d'entre vous devrait essayer de se gagner un compagnon, sinon un prêtre, au moins un laïque, quelqu'un qui sente quel tort et quelles injures lui ont fait le monde, le diable et la chair, combien jusque là il a été déshonoré devant Dieu et ses saints, et qui veuille en tirer vengeance '. »

Or, précisément au moment où il écrivait ces lignes, sur l'un des vaisseaux espagnols qui venaient de s'éloigner, était un prêtre que, sans le savoir, par la seule contagion de sa sainteté, il venait de gagnera la Compagnie. 11 s'appelait Côme de Torrès, originaire de Valence. Dieu l'amenait à Xavier et à l'apostolat par des voies pleines d'aventures. Il était parti de Séville en 1538, cherchant quelque chose, il ne savait trop quoi, poussé par l'humeur inquiète qui, alors, jetait tant de ses compatriotes sur toutes les plages du nouveau monde. Il visita les Canaries, Saint-Domingue, une foule d'autres îles et enfin arriva au Mexique. Il y resta trois ans et demi. Puis l'inquiétude le reprit et, le 1" novembre 1542, il partait avec la flotte de Villalobos, sans savoir où il allait, pour changer.

11 partagea toutes les aventures de l'amiral et enfin parvint à Amboine. « Là, raconte-t-il dans une lettre à saint Ignace, je rencontrai le Père Maître François. Le premier aspect m'impressionna tellement que, sur-le-champ, je me pris à désirer

de m'attacher à lui. Je l'aurais fait sans tarder si je n'avais pas eu à me présenter à l'évêque des Indes. Je le quittai avec ce désir au cœur, mais sans lui en rien dire. »

Torrès partit donc avec la flotte portugaise, fit escale à Java, à Malacca, aux Maldives. Arrivé enfin à Goa, il s'off'rit à l'évêque qui lui confia une vicairie dans son diocèse. Pendant quatre ou cinq mois il resta ainsi dans le ministère paroissial. Mais son âme était « bouleversée de pensées et de désirs véhéments ». Il vint au collège de la Sainte Foi, vit le Père Nicolas Lancilotti, s'informa de ce que c'était que la Compagnie. Frappé comme il l'avait été par la vue du Père François, éclairé par les renseignements reçus, il sentit son désir croître encore et s'allumer. Il fit les Exercices. Dès le second jour, la paix rentrait en lui, avec la lumière, et il voyait la volonté de Dieu.

A son retour aux Indes, mars 1548, Xavier le recevra dans la Compagnie. Ce n'était pas un savant ; il ne s'en rencontrait guère alors sur les grands chemins de l'Orient. C'était mieux, un vaillant dont le nom est inscrit aux premières pages de l'histoire du Japon, immédiatement après celui de Françoise

Le grand besoin qu'ont les Indes de prêtres zélés inspire au saint la pensée d'en écrire au roi une fois de plus. Il ne s'agit plus seulement ici d'idolâtres à sauver. A Goa, à Cochin, à San Thomé, à Malacca, il a vu les Portugais, tels que les fait la vie asiatique des colonies, et c'est en faveur de leur âme qu'il vient plaider. La foi se perd, dit-il, parmi les Portugais. Je le sais pour l'avoir vu de mes yeux, en allant de forteresse en forteresse. Les rapports continuels avec les infidèles affaiblissent Tesprit chrétien. Ils ne comprennent plus que les affaires d'argent. Les mariages avec les indigènes font le reste. Les enfants métis se disent Portugais, mais ils n'ont rien de la foi portugaise. Ils sont trop ignorants. Ce qui manque par-dessus tout, ce sont des prédicateurs pour lesinstruire. Et aussi l'Inquisition pour lutter contre la propagande occulte des faux convertis, musulmans ou juifs ^.

Souvent, dans ses lettres, Xavier reviendra sur lebesoinque rinde a de bons prédicateurs. Il y avait des prêtres, mais en

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