Sel. Ind. Ep., p
petit nombre. Moins encore qu'en Europe, l'usage n'était de prêcher en dehors des grandes fêtes. Le zèle manquait, et aussi le talent. Ce que le saint demandait donc au roi, c'était des hommes de bonne et solide doctrine, pour enseigner la population européenne; plus encore peut-être, des âmes ardentes, éloquentes, capables de la remuer, âmes de missionnaires sachant tonner contre les vices et raviver dans le peuple cette étincelle de foi, qui n'était jamais complètement morte au cœur des Portugais.
Les vaisseaux qui emportèrent la correspondance du Père François le laissèrent à Amboine, attendant l'heure de s'éloigner, lui aussi, pour gagner Maluco. L'on était à la saison des pluies. « Il pleut souvent ici ^ », écrivait-il. C'est trop peu dire. Nulle part dans l'Inde Néerlandaise il ne pleut comme à Amboine. Le ciel s'écroule en masses d'eau. Les chemins, déjà si difficiles en temps ordinaires, sont absolument impraticables. Que fît notre saint durant les dernières semaines qu'il passa dans l'île ? Peut-être est-ce alors qu'il tomba gravement malade, (( malade, nous dit l'artilleur Rodriguez, par excès de pénitence et de travail 2 ».
Dans le courant de juin ou au commencement de juillet, il était assez remis pour continuer son voyage et gagner Maluco. Il était resté à Amboine quatre mois. Il y laissa provisoirement son catéchiste Jean de Eyro, pour y continuer son œuvre, en attendant de le remplacer par un prêtre de la Compagnie. Deux caracoras partaient en même temps. Un Portugais, Jean Galvano, monta dans l'une, et Xavier dans l'autre. Survint ce Jean d'Araujo, à qui le saint avait prédit qu'il ne tarderait pas à mourir à Amboine. Le bateau était trop petit; Araujo dut rester: la prophétie commençait à s'accomplir 3.