Gros, Doc, p
« J'ai ouï dire à notre grand mouleur d'hommes, Ignace, racontait Polanco, que la plus rude pâte qu'il ait oncques maniée, c'était au commencement ce jeune François Xavier. » Et cependant il était « l'homme du monde qui s'entendait le mieux à faire toute vive l'anatomie d'une âme, et ne se trompait guère au choix qu'il en faisait pour l'employer^ ».
En même temps qu'il répétait à François : Quid prodesl homini?... il lui rendait les services en son pouvoir. Ce pauvre volontaire, qui vivait du produit de ses quêtes, que François même raillait sur sa mendicité, finit par faire accepter une partie de ses aumônes au fier gentilhomme^. Il lui fit des avances d'argent, engagea ses amis à le secourir. Puis il le prit par son faible. Il lui redisait bien : « Qu'importe de gagner le monde? » cela ne l'empêchait pas de louer en bon lieu le talent du professeur et de lui recruter des élèves. Lui-même les conduisait au collège de Dormans-Beauvais, et les présentait à Maître François^. Parmi eux, il semble qu'il faille compter Nicolas Bobadilla, un pauvre régent espagnol du collège de Calvi qu'il aidait à vivre et qui sera un des fondateurs de la Compagnie^.
Peu à peu la glace fondait, les préjugés se dissipaient. Avec son âme naturellement élevée, Xavier commença à concevoir qu'il y avait une autre grandeur que la grandeur humaine. 11 vit que le « pèlerin » n'était pas ce qu'il avait cru jusque-là, un exalté compromettant, un exagéré quelque peu ridicule, mais un saint vivant de l'esprit de Dieu. La parole évangélique, continuant à tomber sur son âme, la pénétrait de lumière. Elle le
1. Cette dernière remarque est du P. Palmio. Tournier, loe.cil., p. 663.
2. Mon. Xai>., p. 204... « Por haver me favorescido muchas vezes con dineros, j amigos en mis necesidades... »