Mon.Xav., p
tout, il lui resta jusqu'au bout quelque chose de moins étroitement romaniste. Le contact passager des luthériens lui avait élargi l'esprit. Notons cette manière sournoise d'accaparer un saint dont la grandeur s'impose et fait la gloire du papisme ^
Ce récit n'est que la légende protestante d'un fait certain. Le jeune professeur courut alors un vrai danger. Lui-même l'avoue : parlant de son ami et sauveur, il écrivait à son frère : « Je ne saurais en toute ma vie m'acquitter de tout ce que je lui dois, tant pour m'avoir plusieurs fois, dans mes nécessités, aidé de ses propres deniers et du secours de ses amis, que pour m'avoir retiré des mauvaises compagnies que, dans mon peu d'expérience, je ne discernais pas. A l'heure présente, les sentiments hérétiques de ces hommes ne sont un mystère pour personne, et je voudrais, pour tout au monde, ne les avoir jamais fréquentés. Pour ce seul service, je ne sais quand je pourrai payer ma dette au seigneur maître Ignace, qui m'a empêché de me lier et de communiquer même avec des gens qui paraissent bons au dehorfe et sont au dedans pleins d'hérésies, comme le prouvent leurs œuvres'^. »
De qui s'agit-il ici, des luthériens, des réformés français, ou simplement des humanistes, dont les audaces se couvraient du manteau de la philologie, et dont le type est Erasme? Vers le même temps nous voyons saint Ignace écarter Bobadilla des hellénistes et hébraïsants suspects, pour l'attacher aux théologiens les plus orthodoxes 3. C'est un service de ce genre qu'il rendit à Xavier. Le jeune maître coupa court à ces relations périlleuses : une seconde fois Dieu l'avait sauvé.
Le dénouement suprême, la conversion, devrions-nous dire, dut avoir lieu dans le courant de 1533. Le Fèvre était absent. 11 avait été en Savoie dire adieu à son vieux père avant de se donner tout entier à Ignace^.
Durant sept mois, Ignace et Xavier, restés seuls, durent multiplier leurs entretiens. C'est alors que, par degrés, le
t. Henri Venn, Mistionary Ufe and labours of Francis Xavier, Londres, 1862. Voir la traduction allemande par W. Hoffmann, Wiesbaden, 1869, p. 120, note, et l'article de M. A. Gilly dans \& Revue des sciences ecclésiastiques, 1871, p. 87.