Proceti. 15'iG, Cochin, n
« Le deuil était partout, raconte le sénateur de Goa, Diogo d'Abreu : je me trouvais là. Tout le monde croyait à un désastre. Les femmes mariées gémissaient dans leurs maisons et se tenaient déjà pour veuves^ » Galeotto Péreira ajoute : « On se lamentait beaucoup, surtoutà huis clos. J'assistais aux sermonsdu Père François. Il nous répétait toujours de prier Dieu qu'il eut pitié des nôtres. Mais la conviction allait grandissant que tout était perdu -.»
Or, le dimanche 4 décembre, le Père était en chaire et achevait son sermon. Soudain son visage s'illumina : « Il y a ici des femmes qui font des sortilèges, dit-iP. Mauvais chrétiens qui vous défiez de Dieu! Aujourd'hui, aujourd'hui même notre flotte est victorieuse, sous peu vous en aurez la nouvelle^. » D'autres ajoutent qu'il était comme en extase et semblait assister à un combat dont il décrivait les péripéties"'. Immédiatement la ville renaquit à la joie. Le soir, aux vêpres, prêchantpour les femmes, François renouvela ses assurances, promettant à ses auditrices que leurs maris n'allaient pas tarder à reparaître". Quelques jours après, le roi de Bintang s'éloignait et la flotte rentrait au port.
Qu'avaient donc fait les vaisseaux portugais depuis un mois et demi? Ils avaient remonté la côte vers le nord, sans rencontrer l'ennemi. Les huit jours fixés par le capitan s'étaient écoulés, et, aux termes de ses instructions, ilfallait revenir. DoCouto ne nous dit pas pourquoiFon continua d'avancer. Mais l'enthousiasme était tombé. Enfin l'on apprit que les Atchénois étaient à ICédah. François de Eça voulait les poursuivre. Mais Kédah était loin encore, les vivres manquaient : les capitaines refusaient de suivre leur chef. Diogo Soarez se fâcha, les traita de juifs et de lâches, et jura de tuer le premierqui ferait mine de s'en aller. C'était douze lieues encore à franchir. Les douze lieues franchies, l'ennemi avait disparu. Nouveaux murmures. François de Eça obtint encore un efl'ort, promettant que,