‹ Saint François XavierChapitre 384 sur 820 · Lettres 61 à fi · texte numérisé non relu

Lettres 61 à fi

2. Il existe de cette pièce plusieurs versions discordantes. Celle delà Vida de Dont Joào de Castro par Jac. Freyre de Andrade, est jugée inauthentique par le dernier éditeur de cette biographie. D. Fr. de S. Luis Lisbonne, 1S35, p. 372, 376). Nous résumons le texte donné par M. Camara Manoel dans ses Missôes dos Jesiiitas no Oriente, Lisbonne, 1894,

Ces instructions n'apportaient rien de nouveau. Elles accentuaient et régularisaient des dispositions antérieures. L'esprit qui les avait inspirées, nous le connaissons aussi, c'est l'esprit de sévérité pour l'erreur, qui faisait autrefois le fond de toute politique chrétienne. D'abord, Jean III estimait intolérable que, sur ses terres des Indes, terres catholiques, on laissât l'idolâtrie s'étaler au grand jour. 11 fallait rechercher et détruire les idoles, quelles qu'elles fussent, punir ceux qui les fabriquaient, chasser les brahmes, s'ils faisaient de la propagande contre rÉvangile. Les privilèges ne devaient plus être la part des païens comme par le passé. Les chrétiens devaient jouir, avec les autres, plus que les autres, des libertés et immunités légales. Pour les charges publiques, ils devaient avoir la préférence.

On interdisait aux Portugais de vendre des esclaves aux infidèles. Il fallait les garder dans les maisons chrétiennes pour pouvoir les amener à la foi. On défendait l'usure, un des grands abus de Goa. Puis le roi passait aux fondations et dotations religieuses : églises à bâtir, à meubler, à pourvoir de prêtres, écoles, catéchismes publics, rentes à transférer du « culte abominable de Mahomet » aux missions, etc.

Le roi voulait qu'on s'occupât des chrétiens de Socotora, sans provoquer de guerre cependant avec les Turcs. — A Cochin, pourquoi les chrétiens de saint Thomas, qui font le commerce du poivre, ne peuvent-ils obtenir des Portugais qu'on leur fasse la bonne mesure fixée par l'immémoriale coutume du pays? Dans ce même commerce, pourquoi le roi de Cochin use-t-il de pratiques superstitieuses? S'il veut rester ami du Portugal, pourquoi persécute-t-il ses sujets qui se convertissent? 11 va jusqu'à confisquer leurs biens. — A la côte de la Pêcherie, les officiers de la couronne, entre autres malversations, forcent les Paravers à exercer la pêche pour leur compte à des conditions intolérables. Le gouverneur verra si la présence d'une flotte portugaise dans ces eaux est indispensable à la levée du tribut. Sur ce point, consulter Maître François Xavier ; examiner avec lui s'il est expédient de réserver le monopole de la pêche des perles aux chrétiens. — Il arrive souvent que les nouveaux convertis sont persécutés par leurs parents, chassés de leur habitation, pillés, déshérités, réduits à la mendicité. Il faudra prendre sur

les revenus du roi pour assurer leur existence. L'argent sera remis, sous la haute inspection de Michel Vaz, au prêtre qui aura ménagé la conversion.

Un roi de Geylan persécute aussi les chrétiens. Il faut le châtier pour faire un exemple. Quant au prétendant réfugié à Goa, qu'on l'entretienne aux frais du trésor, et qu'on fasse une enquête sur ses droits. — Les territoires de Salcette et de Bardés, au nord et au sud de Goa, viennent d'être cédés au Portugal. Il faut en faire des terres chrétiennes. Donc campagne énergique, mais prudente, contre l'idolâtrie; multiplier les prédications. Que lui-même, Jean de Castro se transforme en apôtre; qu'il exhorte les seigneurs païens à embrasser l'Évangile; qu'il les gagne par sa bonté (8 mars 1546).

Cette lettre était la réponse royale à quelques-unes des instances de François Xavier. Le gouverneur, tout chrétien qu'il était, la goûta médiocrement, paraît-il. 11 y eut, sur certains points, des réclamations. Gomment donner les hautes charges aux chrétiens, qui tous étaient pauvres, sans influence, sans noblesse, et de basse caste ? La municipalité de Goa fit remarquer au roi que, parmi ces infidèles qu'on voulait expulser, se trouvaient des créanciers de l'Etat. Ils avaient concouru à certains emprunts pour 9.200 pardaos et plus. Gomment les chasser? « Nous voudrions bien, poursuivaient les Goanais, n'avoir plus ici de ces hommes vertueux qui font croire à Votre Altesse que les infidèles ne servent à rien et qu'il serait bon de les chassera »

Ges intolérables «hommes vertueux », c'était avant tout Michel Vaz, et sans doute aussi l'évêque.Nous ne voudrions pas assurer que saint François Xavier n'en fît pas aussi partie, car le roi, dans ses instructions, se référait plusieurs fois aux requêtes de Maître François. Mais, lui du moins, avait-il jamais demandé autre chose que l'éloignement des infidèles dont les agissements arrêtaient l'essor de l'Évangile? Entre catholiques convaincus, était-ce trop exiger, et cela ne valait-il pas quelque perte d'argent ?

La lettre royale fut lue au conseil des Indes et il fut résolu qu'on exécuterait ce qui était faisable. Quelques points furent

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