II. — Le courrier de janvier
Ces événements ne faisaient qu'ajouter à l'expérience que saint François Xavier s'était faite, pendant sa tournée à travers les forteresses portugaises. Le royaume de Dieu ne progressait pas. Ce n'était pas faute de bonne volonté de la part de Jean III; mais cette bonne volonté ne savait pas agir.Xavierécrit au prince qu'il se trouve dans un grand embarras. Lui communiquer ses expériences sur l'Inde, Malacca, les Moluques? Le service de Dieu le demande; sa conscience le presse, et aussi le désir de prouver au roi sa reconnaissance pour tout ce qu'il fait en faveur de la Compagnie, en l'aidant à remplir ses devoirs de roi. Mais quoi qu'il puisse dire, il ne le sait que trop, rien n'aboutira, et ses lettres accuseront Jean III au tribunal de Dieu. Se taire alors? Mais pourquoi Dieu lui a-t-il donné de voir clair dans les affaires de l'Inde? Il parlera donc, c'est un devoir qui s'impose à lui '.
Il ne s'était plaint jusque-là que des officiers de la couronne. Maintenant il se plaint du clergé : pas de zèle, des rivalités stériles, manque de désintéressement : « Sache donc Votre Altesse qu'ici, comme ailleurs, bien souvent ce qui empêche de travailler efficacement au service de Dieu Notre-Seigneur, ce sont de saintes jalousies. L'un déclare : «Je le ferai.» L'autre: « Non, ce sera moi. » Un autre : «Puisque ce n'est pas moi qui le fais, il « ne me plaît pas que vous le fassiez. » Un autre encore : « C'est « moi qui travaille et un autre en a les remercîments et le profit. » Voilà sur quoi l'on écrit, pourquoi l'on travaille : il ne s'agit que de faire aboutir ses prétentions. Et le temps passe, et il n'en reste plus pour le service de Dieu. C'est ainsi que souvent avortent des entreprises qui eussent fait grand honneur et grand profit à Votre Majesté^. »
Le Père François n'a pas jugé à propos de préciser en quoi consistait ce qu'il appelle, par un charitable euphémisme, de « saintes jalousies ». Évidemment, il n'a pas trouvé dans le clergé l'appui sur lequel il comptait. On a dû le juger lui aussi envahissant, compromettant. Ce n'était pas à lui d'en dire davan-