V. —Montmartre
Et maintenant les trois amis, Ignace, Pierre et François poursuivaient leurs études de théologie. D'autres jeunes gens commençaient à entrer dans leur intimité. Parmi ceux qui acceptaient ses conseils, Ignace avait déjà discerné quelques-uns de ses futurs compagnons. Il procédait dans son choix avec lenteur, les gagnait les uns après les autres, les entretenant des âmes à sauver, de la gloire de Dieu à propager, d'un pèlerinage à Jérusalem. Il ne disait rien des collaborateurs possibles, et laissait chacun seul avec Dieu qui leur parlait au fond du cœur.
Le moment venu, il les invitait à s'enfermer dans quelque solitude, pour y vaquer un mois durant à la prière et à la mortification, se préparer à une confession générale et chercher dans la méditation la volonté de Dieu. Le Fèvre fut le premier à faire ainsi les Exercices. C'était après son retour de Savoie, dans l'hiver de 1533-1534. Il y employa quarante jours avec une ferveur extraordinaire ^
D'autres suivirent. Quant à Xavier, son enseignement ne lui laissant pas le loisir nécessaire, il dut attendre^.
Le premier semestre de 1534 se passa donc dans les travaux universitaires et les exercices de piété. Le Fèvre fut ordonné prêtre au printemps et dit sa première messe le 22 juillet, fête de sainte Madeleine^. Les disciples qu'Ignace comptait s'attacher étaient alors au nombre de six. Le Fèvre et Xavier avaient 28 ans; Nicolas Bobadilla pouvait en avoir 27, et le Portugais Simon Rodriguez un peu moins. Jacques Lainez n'avait que 22 ans, et Alphonse Salmeron 18 à peine. Ignace, leur maître, en avait 43 ^
Quelles perspectives Ignace avait-il ouvertes à leurs yeux ? Que cherchait Xavier à la suite de ce maître, hier écolier tardif, dont la science humaine n'était peut-être pas éminente, mais qui avait la sagesse supérieure des hommes de Dieu ? Il