‹ Saint François XavierChapitre 40 sur 820 · AsTRAiN, p. 67 et suiv · texte numérisé non relu

AsTRAiN, p. 67 et suiv

ne s'agissait aucunement d'ordre religieux nouveau à fonder, ni d'œuvre particulière à entreprendre. Ce qu'il pouvait entrevoir se réduisait à quelques principes ascétiques, ceux qui forment le fond des Exercices; une certaine indifférence de volonté pour tout, excepté Dieu, la nécessité de s'attacher à Jésus- Christ, conquérant des âmes, et de travailler à leur salut, mais comme lui, par la croix et la pauvreté '.

Restait à descendre au détail pratique, Ignace, avant de rien décider, fit longtemps et beaucoup prier. Enfin ses compagnons et lui décidèrent ce qui suit^.

Le but suprême était de travailler à la gloire de Dieu pour le salut du prochain. Ils se lieraient par un triple vœu, pauvreté, chasteté, pèlerinage à Jérusalem. Ils resteraient encore trois ans à Paris pour achever leur théologie. Durant ce temps ils ne changeraient rien à leur manière extérieure de vivre.

Leur vœu de pauvreté resterait comme suspendu : ils se réserveraient le viatique nécessaire au voyage. Mais, pour couper court aux calomnies des hérétiques, ils s'interdisaient à l'avance les honoraires de messes. Leurs ministères seraient toujours gratuits, quels qu'ils fussent.

Où iraient-ils travailler au salut des âmes? Il est intéressant de le noter, ces missions lointaines que Dieu réservait au seul Xavier, faisaient partie alors du programme provisoire d'Ignace et de ses amis. Du moins Simon Rodriguez nous assure que plusieurs, et Ton aimerait à savoir dans quelle mesure notre saint était du nombre, souhaitaient aller porter l'Evangile aux infidèles.

Ils devaient se rendre à Venise et passer de là en Terre Sainte. Ils se donnaient un an pour trouver une occasion de départ. A Jérusalem ils examineraient devant Dieu leur avenir. Si la majorité se décidait pourl'évangélisation des gentils, ils resteraient en Palestine ; sinon, tous reviendraient en Europe. Alors, comme dans le cas où il leur serait impossible de partir, ils iraient se présenter au Pape, lui exposer leurs

1. Il est clair que ces principes, et d'autres encore, étaient connus et pratiqués de Xavier, bien avant qu'il eût fait les Exercices. Ils formaient le fond de la direction d'Ig-nace.

2. Rodriguez, p. 457-i59; — Le Fèvre, p. 13 et 14. — Voir Astrain, p. 78-79.

désirs, et se mettre à sa disposition pour travailler au bien du prochain. Ils lui feraient entendre qu'il pouvait user d'eux à discrétion « pour les envoyer prêcher l'Evangile par toute la terre, même chez les Turcs et autres tyrans ennemis de la foi chrétienne ^ ».

Pas plus que les autres grands fondateurs d'ordre, saint Ignace ne fit exactement ce qu'il avait prévu. Dieu ne lui révélait encore que la tendance générale de son œuvre, et se réservait le reste. L'homme s'ingéniait, tâtonnait, faisait des plans; Dieu se chargeait d'y faire un choix, et, ce qu'il retiendra des projets primitifs, il l'élargira au delà de toutes les prévisions.

Or, de tous les « compagnons » de la première heure, François sera le seul qui réalisera le rêve primitif. En même temps qu'il retiendra les autres en Europe, à lui, Dieu donnera pour champ d'apostolat les terres infidèles, non pas de Palestine, mais des Indes et de l'Extrême-Orient.

En attendant un signe plus manifeste de la volonté divine, c'était donc vers le Levant que les six jeunes gens et leur maître regardaient. Le rendez-vous à Venise fut fixé au 25 janvier 1537, fête de la conversion de saint Paul. D'ici là, ils avaient le temps d'achever les études théologiques nécessaires.

Quelques jours après ces délibérations, au matin de l'Assomption, 15 août 1534, Ignace et ses amis étaient réunis dans une petite chapelle semi-souterraine de Montmartre, à l'endroit même où, selon la tradition, saint Denys avait été martyrisé. Le Fèvre dit la messe, pendant laquelle tous se lièrent par un triple vœu, selon qu'il avait été réglé^. Une dizaine de jours après (24 août), les vacances universitaires commençaient.

Libre de son temps, François employa le mois de septembre à faire les Exercices. Il s'y porta avec toute la générosité de sa nature. Ses compagnons l'avaient devancé dans la voie des mortifications parfois excessives, et Ignace avaitdûlesmodérer^. Dans la solitude, où il était souvent visité par son maître et

t. RoDRiGUEZ, p. 457-458. — Voir Polanco, I, p. 50 ; — Gamara., p. 87 ; — Le Fèvre, p. 13.

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