Du Jarric, t. I, p. 'i
géra, il ajouta qu'il forcerait les chrétiens à violer leur loi en péchant le dimanche. Je lui fis les réponses que lui et les siens pouvaient comprendre. Je crus alors devoir aller trouver le capitan portugais de cette côte pour lui faire mon rapport, afin qu'il pût en référer au gouverneur général. Celui-ci et tous les Pères furent d'avis que je revinsse à Goa. « De là, je me rendis, accompagné du frère Balthazar Nunez à un lieu qu'on appelle Ghalé'. L'on avait conçu de ce côté de grandes espérances. Le roi du pays était le premier à pousser ses sujets à se faire chrétiens'^. »
Ce roi était le petit rajah de Tanor ^ qui, voulant se faire protéger par les Portugais contre son suzerain, le roi de Galicut, parlait de se convertir. Il demandait seulement que le baptême fût secret et qu'il pût, au dehors, garder ses pratiques nationales. Don Diogo de Borba, étant allé voir les choses de prés, revint persuadé que tout n'était que comédie. Les propositions du prince étaient inadmissibles. Du moins pouvait-on profiter de la liberté qu'il laissait à ses sujets. Sur quoi Enriquez fut invité à se rendre dans la petite forteresse portugaise de Ghalé, près de Tanor. Son apostolat ne manquerait pas d'y être plus fructueux que chez les Travancorais. A peine était-il arrivé avec son compagnon que déjà les autorités et les résidents parlaient de bâtir église et collège. Un champ nouveau s'était donc ouvert; Enriquez y travaillait depuis un an, quand tout à coup Xavier reparut aux Indes et lui enjoignit de regagner le Travancore^.
Pourquoi cette décision ? Le saint ne s'en explique pas dans ses lettres. Mais d'une part il ne pouvait admettre qu'un inférieur désertât ainsi son poste, quelque pénible ou stérile qu'il fût, D'autre part, plus que toute autre région, le Travancore avedt
1. Ghalé, Challe, aujotird'lmi Clialiyam, ù neuf lieues au sud de Calicut, et à trois lieues et demie de la rivière de Tanor.
2. Sel. Ind. Ep., p. 31. Enirquez, arrivé aux Indes en septembre 1546, avait passé trois mois au Travancore (oct.-déc. I.=i46) ; il dut venir à Ghalé en janvier 1547. Dans le courant de l'année il écrivit le fragment de lettre cité dans les SeJ. Ind. Ep., p. 31. Il dut rentrer au Travancore dans les premiers mois de 1548. Nous connaissons l'ordre qu'il reçut du saint par un mot du P. Fr. Pérez (fbid., p. 68).