I. — Voyage à Baçaim
Saint François Xavier rentrait à Goa, juste au moment où le gouverneur en repartait ' .
Jean de Castro était avant tout un soldat. Son temps se passait à courir de Goa au golfe de Cambay, des musulmans de la banlieue à ceux du nord. Brave jusqu'à l'imprudence, enthousiaste comme un croisé, il avait acquis, au siège de Diu, le droit de se faire représenter, sans une emphase trop ridicule, une couronne de lauriers sur la tête. Il n'y avait pas trois mois qu'il avait, aux portes mêmes de Goa, gagné sur le sultan de Bidjapour sa grande victoire de Saint-Thomas (21 décembre 1547). Maintenant il retournerait en hâte à Baçaim, son centre d'opérations, en face des princes mahométans du nord-ouest. C'est à ce moment que Xavier et l'ambassadeur de Kandy se présentèrent.
Il fut reçu froidement. Castro n'avaitpas le loisir de l'entendre: on peut se demander s'il n'y mit pas un peu de mauvaise volonté. Le soldat et le missionnaire ne se connaissaient pas. Ils étaient faits cependant pour se comprendre, l'un et l'autre mettant audessus de tout la gloire de Dieu. Mais Castro avait trop de soucis en tête pour s'occuper séance tenante de Kandy et de son rajah. Le cas qu'on lui soumettait ressemblait du reste un peu trop à celui du roi de Tanor^ : promesses de conversion et demandes de secours. Or le gouverneur avait laissé voir à