Do CouTO, D. VI, 1. VI, ch. 4-r,, p
avec une discipline de fer. Alors il se précipita aux genoux de François en s'écriant : « Ah! mon saint! c'est à moi de faire pénitence. » Et, s'emparantdela discipline, il se mit à se châtier lui aussi. Les deux indiscrets suivirent tous les détails de la scène et pleuraient de dévotion. Xavier déclara au soldat qu'il ne s'était embarqué que pour lui et, laissant le navire continuer sa route vers Aden, il attendit la prochaine occasion pour revenir à Goa ^
L'expédition fut peu glorieuse : ce fut une grosse déception pour le gouverneur. Il se sentit frappé à mort. Vers ce tempslà lui arrivèrent de Portugal ses patentes de vice-roi, juste récompense de ses prouesses. Trois gouverneurs seulement avant lui avaient reçu pareil honneur. Mais il était trop tard : Castro déjà ne songeait plus qu'à mourir. Autour de son lit d'agonisant, il convoqua toutes les autorités, l'évêque en premier lieu, puis le gardien des Franciscains, fray Antoine de Casai, et Maître François.
En leur présence, il renonça à sa charge^. Puis, prêtant serment sur le saint Évangile, il jura de n'avoir jamais détourné à son profit les biens de l'État ou des particuliers, de n'avoir jamais reçu de présents, d'avoir épuisé sa fortune personnelle pour le bien du roi, faute d'avoir toujours été payé à temps. Il voulut que tout cela fiit consigné dans les archives de Goa. Il ajouta qu'il ne lui restait même pas de quoi payer le poulet que lui ordonnaient les médecins. En conséquence, il les priait de vouloir bien le faire soigner aux frais du gouvernement, à moins que les confrères de la Miséricorde ne voulussent s'en charger.
11 se remit alors complètement entre les mains de saint François Xavier et du supérieur des Franciscains qui ne le quittèrent plus jusqu'au dernier soupir.
Le 6 juin, il mourut âgé de 48 ans, après deux ans, neuf mois
1. TuRSELLiM, 1. m, cil. XV, met l'épisode à cette date, et le rattache à l'expédition d'Aden, mais sans préciser le lieu où Xavier s'arrêta. Ce dernier détail est donné par SousA (I, p. 35). LucENA (1. VI, ch. 3) met la scène à Cananore, etBARTOLi (1. II, n. 29) à Coulam.
2. Faria y Sousa. t. II, P. II, c. V, n. 8; — Do Couto, D. VI, 1. VI, ch. 9, p. 62 et suiv. ; — Andrade, Vita Joannis de Castro, 1. IV, n. 103.
La lettre 68 de Xavier à Jean III (p. 467), signée du vicaire général et de deux Franciscains, et datée du 22 octobre 1548, contient quelques recommandations de Castro mourant.
et quinze jours d'administration. Il fut revêtu de son habit de tertiaire, enveloppé dans son manteau blanc de chevalier de l'ordre du Christ et enseveli au couvent de Saint-François.
Pour tout trésor, on trouva dans sa cassette trois menues pièces de monnaie, une discipline teinte de sang et quelques poils de sa barbe, qu'un jour de nécessité, pendant le siège de Diu, il avait envoyés en gage aux banquiers de Goa.
Castro fut regretté; les indigènes surtout, plus sensibles que d'autres au spectacle du désintéressement et de la justice, gardèrent son souvenir. Trois siècles après sa mort, on voyait encore les pauvres Canarins s'en aller devant son buste, à la porte de la ville et là, les mains jointes, prier ce grand honnête homme et lui demander protection \ Ainsi faisaient-ils déjà au tombeau d'Albuquerque. Les Européens aussi le pleurèrent à ses funérailles, et cependant, écrit Faria y Sousa, « il y eutpeu de monde à prendre le deuil, mais ce peu est beaucoup déjà, pour un pays où l'on ne porte le deuil que de ses ambitions déçues et de ses plans avortés^. »
Jean de Castro fut, entre les vice-rois portugais, celui dont la gloire est la plus pure. On ne peut guère lui reprocher qu'un excès de sévérité dans certaines répressions militaires et trop de faste dans ses triomphes à la romaine. Il est le type complet de tout ce que sa race avait de vertus chevaleresques et chrétiennes. Lorsque, dans les Lusiades^ une nymphe, surgissant des flots, déroule aux yeux de Vasco da Gama les gloires à venir de l'Inde portugaise, c'est sur Jean de Castro que le tableau s'arrête. Et c'est justice; il y eut après lui d'honnêtes gens, il n'y eut plus guère de grands hommes.