LucErsA, 1. VI, ch
trouvé assez d'actions de grâces à rendre au maître des cœurs. L'évêque avait la joie de régénérer dans le Christ les prémices du Japon. Yajiro, avec ses deux compagnons, était baptisé en grande cérémonie, à la cathédrale. Sur le désir de son parrain, Gosme Anes, et en souvenir du collège où il avait reçu tant de grâces, il fut appelé Paul de Sainte-Foi; c'est le nom que nous lui donnerons désormais. Les deux autres furent nommés Jean et Antoine *.
Quanta l'œuvre propre du séminaire, la formation d'un clergé indigène, il y avait lieu, semblait-il, de ne pas regretter le mal qu'on s'était donné. Des prêtres indiens étaient sortis déjà de la maison. Ils n'étaient pas parfaits. François Xavier demandait qu'on les châtiât quand ils avaient failli; mais ils rendaient service. Dès le temps de leurs études, ils avaient été exercés à la prédication ; on les avait fait prêcher dans les églises indiennes de la banlieue-. Tel de ces élèves avait vu le martyre de près. Jeté sur la côte malabare par une tempête, pris par des musulmans, sommé d'abjurer, voyant déjà le sabre levé sur sa tête, puis roué de coups, chargé de chaînes, il avait résisté et était sorti vainqueur de l'épreuve^.
Le père temporel de la maison, Cosme Anes, ne tarissait pas d'éloges sur ses pupilles. Il écrivait au roi le spectacle édifiant de ces séminaristes, indigènes et métis, s'en allant, '^deux par deux, chaque jour, conduits par leurs maîtres, du^réfectoire aux chapelles du jardin, priant pour le roi, la reine, le prince héritier, le gouverneur; puis, sous les bosquets ou les hangars, groupés par nations, répétant la leçon du jour. Les'plus grands, et les plus habiles s'exerçaient à prêcher. Tel, qui^n'avait que treize ou quatorze ans, l'avait fait en portugais, et avec des citations de saints Pères si bien amenées, que tout le monde en pleurait*.
De son côté, le fondateur et supérieur, don Diogo de Borba, s'était imaginé que tous ces élèves, en masse, entreraient un
1. Lettre de P. de Sainte-Foi, Gros, t. I, p. 421; — D'wersi Avisi (1558), fol. 101; — LuCENA, 1. V, ch. 19; VI, ch. 7.
2. Lettre du P. Griminale, 7 oct. 1545, dans Massaba, p. 37-38.