Cité dans Gros, t. I, p
jour dans la Compagnie. On lui objectait leurs défauts, spécialement leur esprit d'indépendance ; il répliquait ; « S'ils ne sont pas bons maintenant, ils le seront quand ils auront grandi. » Sur quoi le Père Griminale écrivait à Rome : « Trop heureux serons-nous, si nous en faisons de bons chrétiens. S'ils ne le sont pas, ce ne sera pas du moins faute de lumières'. »
Les Pères du collège étaient loin de partager l'optimisme des majordomes et du supérieur. Ils trouvaient lamentable la façon dont se faisait le recrutement. Criminale écrivait encore : « Leur âge est assez disparate ; ils ont de 7 ou 8 jusqu'à 20 et 21 ans. Plusieurs sont venus de leur plein gré, pour apprendre à lire, à écrire, à étudier la grammaire. D'autres ont été placés ici par des maîtres qui les avaient comme esclaves. Quelques-uns ont été rachetés au moyen d'aumônes par Maître Diogo ou par le Père Paul. Aussi, les uns restent là volontiers; d'autres y sont malgré eux et mécontents. Les éièvessont quasi tous issus de parentsinfidèles : on n'en a pas pris d'autres jusqu'à présent^. » Lancilottidit de son côté : « Ces gens de bien, dans le collège bâti par eux, avaient réuni de jeunes Indiens de toute langue, au nombre de 70, mais sans aucun choix. Beaucoup étaient barbares, incapables de science et de vertu. Presque tous avaient 20 ans, trop âgés par conséquent pour être plies aux bonnes mœurs, ignorant notre langue et ne parlant que comme des perroquets. Je craignais, de leur part, les pires désordres^. »
Personne aujourd'hui, dans les missions, ne voudrait se charger d'un séminaire ainsi composé, mais l'expérience manquait, Lancilotti était dans le vrai quand il ajoutait : « 11 faudrait ne recevoir que des enfants de cinq ou six ans : sur ceux-là nous pourrions mettre le cachet de la vertu, chose impossible chez ceux qui, plus âgés, ont déjà au cœur le vice et les mensonges diaboliques^. »
Mais les administrateurs avaient hâte de recueillir le fruit de leurs travaux. A tout prix, ils voulaient des prêtres capablesde prêcher dans les langues indigènes. Or, disaient-ils, si l'on prend