‹ Saint François XavierChapitre 439 sur 820 · Ceux dont le monde n'était pas digne «, Hebr., xi · texte numérisé non relu

Ceux dont le monde n'était pas digne «, Hebr., xi

VOUS ferez ce que le Père vous dira, soit pour rester à votre poste, soit pour aller vous faire soigner à Goa...

« Ne vous affligez pas de ne pas faire, avec ces chrétiens, tout le fruit que vous voudriez, voyant le pays si païen, le roi si hostile aux convertis. Dites-vous que vous faites plus de bien que vous ne croyez, en donnant la vie de l'âme aux nouveau-nés, les baptisant avec zèle et soin comme vous le faites. Voyez donc combien il y en a peu à aller de l'Inde au Paradis, qu'ils soient blancs ou noirs, à l'exception de ceux qui meurent en état d'innocence, j'entends ceux qui meurent à quatorze ans ou audessous. Considérez, mon frère François Enriquez, que vous faites auTravancore plus de bien que vousne l'imaginez. Comptez le nombre d'enfants que, depuis votre arrivée, vous avez baptisés, qui sont morts et sont en paradis ^ Ils ne jouiraient pas de Dieu, si vous n'aviez été là. L'ennemi de la nature humaine vous hait. 11 voudrait vous éloigner : on ne monterait plus tant alors du Travancore en Paradis. C'est sa coutume, au diable, de faire rêver, aux serviteurs de Jésus-Christ, des services meilleurs à rendre à Dieu. 11 veut les inquiéter, troubler leur âme et les écarter du lieu où ils font du bien. J'en ai peur, c'est la tactique de l'ennemi contre vous; il vous suscite ennuis et désolations pour vous bouter hors d'ici. Il y a environ huit mois que vous êtes sur cette côte; vous y avez sauvé, parle baptême, plus d'âmes d'enfants, morts depuis, que vous n'en eussiez sauvéen Portugal, ou entre Coulam et là où vous êtes... C'est tout simple que l'ennemi vous tente pour vous faire partir d'une terre où vous êtes si utile...

« Que Notre-Seigneur vous donne santé et vie pour son saint service et, après cette vie, lagloire du Paradis... « Votre frère dans le Christ,

François 2. »

Enriquez persévéra. Caractère peu endurant, il s'attirera encore des observations du saint. Mais, pendant les trois ans et

1. Xavier fait allusion aux pratiques d'infanticide très communes en certains quartiers de l'Inde. Il n'était pas rare, en ce temps-là, qu'un enfant fût jeté à la voirie. 11 sufflsait que le diseur do bonne aventure le déclarât né sous une mauvaise étoile. Ce sont ces pauvres innocents qu'Enriquez recueillait et baptisait (Du Jarric, p. 421 ; Dubois, op. cit., 2» partie, ch. 30).

:.'. Mon. A'of., p. 463.

demi qu'il demeurera dans le Travaiicore, parmi les troubles et les menaces de guerre, il trouvera le moyen d'élever jusqu'à dix-neuf chapelles, et de baptiser trois ou quatre cents indigènes ^

Peu après avoir écrit sa lettre, Xavier quittait la Pêcherie, et reprenait le chemin de Goa. A Cochin, il rencontra l'un des Pères récemment arrivés sur le Gallega^ et qui, sans perdre un instant, se rendait à son poste, au cap Gomorin. Le Père Paul de Valle nous a raconté son entrevue avec le saint : « Ah! mes frères ! qui pourrait donc, mieux que ne sauraient le faire mes tièdes paroles, vous faire entendre la joie que ressentit mon âme? Gelui-là, oui, est un vrai serviteur de Dieu et jamais je n'en vis aucun de semblable. Frères, ceci est certain, à le voir seulement, sans qu'il vous parle, on se sent animé d'un désir si pénétrant^ de servir Dieu, qu'on n'en peut donner une idée. Sa bouche ne cesse de redire: « Loué soit Jésus-Christ ! » et avec une telle ferveur qu'à l'entendre les cœurs s'enflamment. 11 passa, avec les frères de Gochin, cinq jours, pendant lesquels nous ne le perdîmes pas de vue vingt heures. 11 ne peut se rassasier d'interroger au sujet des frères et de tout ce qui se fait en Europe. Il veut particulièrement qu'on lui parle du Père Maitre Simon, et du Père Ignace par-dessus tout. Il m'interrogea aussi beaucoup sur le Père Estrada. Il va toujours débordant d'amour. Après les cinq jours, il partit pour Goa, désirant vivement voir le Père Antoine Gomez^. »

Vers le même temps, le Père Henri Enriquez écrivait de la Pêcherie : « Tout d'abord,je veux vous parler du Père Maître François : car il faut que vous, et toute la Compagnie, rendiez grâces à Dieu à son sujet. Ce mot de saint Paul : « Omnia omnibus factus sum ut omnes lucrifacerem », que nous devons tous prendre pour nous, lui, il cherche à le vérifier supra quam dici potest. Je ne saurais, hélas ! faire entendre par écrit à V.R. de quel renom il jouit dans l'Inde... Tous le tiennent pour un saint. Partout où il va, il est accablé de travail. On considère comme un bonheur de l'approcher et de lui parler. Par l'exemple de sa vie,

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