Sel. Ind. Ep., p. 54. Cf. Polanco, p
3. Tout ce qui suit résume deux documents : des apontamentos sur les méfaits du capitan {Mon. Xav., p. 854), et une lembramça ou mémoire « pour le vicaire général sur les choses à négocier avec le roi en faveur des chrétiens de l'Inde » (p. 857). Ces deux pièces, attribuées à Xavier, sont-elles biende lui .' — 1* Les originaux ont disparu. M. L. Pages [Lettres de S. F. X., t. II, p. 519) tenait le texte du Père Ch. Cahier. Mais où celui-ci l'avait-il trouvé? nous ne savons. — 2" L'orthographe, le style, le vocabulaire ne sont pas tout à fait ceux des lettres du saint. — 3* Xavier parle bien de certos apontamentos dos dcsemparados christàos do cabo de Comorim, que le Franciscain Jean de Villa de Conde doit remettre au roi (p. 511). Il est clair qu'on y trouve la pensée du saint, mais il ne dit pas que le document soit de sa main. — k" Dans la lembramça., l'on demande que le Père Simon Rodriguez vienne investi d'une sorte de juridiction civile sur les Paravers. Nul à la Pêcherie n'aurait d'autorité que par lui. Lui-même amènerait d'Europe les officiers choisis par le roi. Est-ce là la vraie pensée de Xavier? Dans sa lettre à Ignace, il dit simplement :
« Scripsi etiam ad regem de M. Simone, ut eum cum potestate mittat, non modo inchoandi collegia sed etiam favendi indigenis Christianis atque Ethnicis, quos ad Christum quantuluscumque aggregaret favor » [Mon. Xai>., p. 484). La lembramça paraît exagérer la requête du saint. Il devait savoir quelle était en pareille matière la pensée du fondateur. Saint Ignace était opposé à toute immixtion dos siens en matière civile.
Tuticorin dont il avait eu naguère à souffrir avait un successeur, mais qui le valait. La liste de ses abus est longue. Il forçait les chrétiens à pêcher contre leur gré et contre leurs coutumes. Il imposait des droits nouveaux sur le poisson dont ils se nourrissaient. Il leur faisait enlever les cauris\ menus coquillages dont ils se servaient comme de monnaie, ne leur en donnant que le tiers du prix. Il s'attribuait le monopole de la vente du riz, l'accaparant à son entrée et le revendant au taux qui lui plaisait. Il allait jusqu'à imposer aux indigènes des provisions de riz, et prenait ses gages sur leur mobilier. Il transportait les pécheurs d'un lieu à l'autre, sans considérer ni leur intérêt, ni leur droit. Les païens qui, fuyant quelque tyranneau local, venaient chercher refuge près des Européens, n'y trouvaient point la sécurité.
. Plainte avait été portée au gouverneur général, Garcia de Sa, par le procureur des Paravers à Goa. Mais les mesures prises ne suffisaient pas sans l'autorité royale ; aussile vicaireépiscopal, don Pierre Fernandez, qui retournait en Europe, fut chargé de soumettre au roi les doléances des missionnaires. Telles étaient les affaires sur lesquelles Xavier, comme il l'écrivait à F. Enriquez, allait faire la lumière à Goa.
Il fallut du temps encore avant que la justice reprît ses droits. En 1553, les Pères de la Pêcherie écriront à Jean III : « Les Paravers ont tant souffert, ils ont été si exploités qu'il ne serait que trop juste de les exempter de l'impôt. Le roi devrait leur envoyer une lettre : cela ferait comprendre aux gouverneurs locaux l'intérêt que Son Altesse prend à cette partie de son empire. Surtout on doit veiller davantage au choix des capitans et les payer assez pour qu'ils ne soient plus tentés de pressurer les gens d'un pays aussi pauvre^. »
Il faut tout dire : l'histoire des Paravers n'est pas exclusivement dans ces injustices. On finit par prendre sérieusement en main leurs intérêts. La caste devint riche, et sa prospérité dura tant que dura la domination portugaise. Plus tard, aux
1. Cawry est le mot anglais. G'esi\a. monetaria inoneta^ ou la monetaria annulas, que l'on récolte surtout aux Maldives. Dix cauris valaient, il y a cinquante ans, 1 centime [Grande Encyclopédie, au mot Canri).
Hollandais, qui leur demandaient le même jour de pêche que naguère ils donnaient à leurs anciens maîtres, ils répondirent : « Les Portugais étaient nos pères et nos amis, nous leur devions non seulement la foi, mais aussi les biens temporels. Ce n'est pas votre faute à vous si nous avons gardé notre foi, et de plus vous nous avez ruinés \ »