II. — Les débuts du Père Antoine Gomez
François trouva, en rentrant à Goa, le nouveau recteur du collège, Antoine Gomez, installé, gouvernant, déjà connu, apprécié. Après quelques semaines de prédication, le public était gagné ; il avait l'orateur qu'il lui fallait, abondant, pieux, puissant. Déjà le vieil évêque voulait l'attacher à la cathédrale comme prédicateur ordinaire^.
De son côté, Barzée se multipliait. « J'ai passé des journées entières à prêcher », écrivait-il. C'était sans préjudice des confessions, des visites aux malades et aux prisonniers, des classes de grammaire, de philosophie et d'Écriture sainte. Il y avait aussi les ministères imprévus. Les gouverneurs avaient coutume, quand les coffres étaient vides, de payer leurs soldats en nature et de tenir pour eux table ouverte. Gomez envoya Barzée évangéliser les « tables du gouverneur ». Et trois fois la semaine, le Père Gaspard parlait devant cet auditoire tapageur^.
« Je vois par expérience, disait l' évêque franciscain, qu'il n'est pas venu dans ce pays d'hommes plus zélés, plus soigneux, plus diligents dans l'œuvre de la conversion des infidèles, et pour aider les Portugais à se sauver, que les Pères de la Compagnie de Jésus. Ils vont chaque jour à l'hôpital confesser et servir les malades; ils sont fort assidus à la prison et à la table des lascarins . Beaucoup de nobles leur font des confessions générales. Grâce à eux, toute l'année, on se croirait en carême. Ils s'en vont aux divers ermitages (ou chapelles)
1. SousA, t. II, p. 248. Cf. Al. DE Rhodes, Voyages^ 1" partie, VI.
2. Lettre au roi, Gros, I, 402; — Cf. Sel. Ind. Ep., p. 52 ; — Polanco, t. I, p. 342 ; — CoRREA, Lendas, p. IV, p. 668.
de la ville et là, leurs élèves prêchent aux Canarins (Indiens de la côte) en leur langue. Parfois je vais avec eux... Tout ce pays de l'Inde, je voudrais le voir rempli à' apôtres K Si j'en avais, j'en aurais déjà peuplé Ghaul, Gochin, toutes les forteresses, et il s'y ferait grand bien. J'en voudrais voir un, deux même, dans toutes les rues, partout où il y a des habitants^. »
On remarquera l'apostolat méthodique parmi les infidèles de la ville. Il s'agit surtout des gens du peuple; mais les Pères enregistrèrent aussi quelques conversions d'indigènes notables. Le baptême de deux financiers brahmes fit grand bruit^. Ils étaient fermiers généraux des douanes et autres revenus de la couronne, et, comme ils usaient de leur influence pour entraver les progrès de la foi^, avaient été signalés aux sévérités de Jean IIP. Quelque temps après, l'un d'eux, nommé Loquu, fut frappé; nous ignorons les circonstances. L'évéque écrivait, 28 novembre 1548: « Il a plu à Notre-Seigneur le renverser de cheval (j'entends de l'honneur où il vivait), et cela sans bâtons ni pierres, c'est-à-dire sans nos répréhensions et prédications ; car depuis longtemps nous ne faisions guère que prier s, » Ce fut Barzée qui eut le bonheur de le convaincre^. Le néophyte fut baptisé solennellement au collège, et il y eut huit jours de fétes^. L'évéque demanda qu'il fût comblé de faveurs, et qu'on lui donnât les charges déjà enlevées à son collègue Ghrisnaa. Privée de ses têtes, l'idolâtrie ne tiendrait pas longtemps à Goa 9. Ge fut ensuite le tour de Ghrisnaa lui-même. Jeté en prison, il put entendre le Père Barzée. Fut-il vraiment convaincu? Quoi qu'il en soit, il demanda le baptême, non pour être élargi, disait-il, mais pour sauver son âme. II fut élargi cependant et baptisé ^°.
1. C'est le nom qu'oa donnait alors aux Jésuites en Portugal.