Gros, Doc, p
dit, est une marque de l'amitié et de l'affection que vous avez pour moi. Et ce qui, en tout cela, m'a été le plus sensible, c'est la pensée de la peine profonde que vous ont causée les délations de quelques hommes méchants et pervers, lesquels je voudrais bien connaître pour les payer comme ils le méritent; mais cela m'est impossible parce qu'ils se donnent tous pour mes amis. Or, Dieu sait le chagrin que j'éprouve à ne pouvoir les récompenser selon leurs œuvres. Ma consolation, c'est que quod differtur non aufertur^. »
Ces dernières lignes, un peu vives, semblent avoir effarouché les premiers qui copièrent les lettres de Xavier ; ils les supprimèrent.
A ces accusations, on avait mêlé le nom d'Ignace ; François voulut le défendre. Il raconta tout ce qu'il lui devait, l'argent qu'il en avait reçu, alors que, de Navarre, ne lui arrivaient que de rares secours, les compagnies dangereuses dont il l'avait éloigné, les hérétiques contre lesquels il l'avait mis en garde.
Cette lettre, du 25 mars 1535, c'est Ignace lui-même qui devait la remettre à son destinataire, en son château d'Obanos. Vers ce temps, en effet, la santé du saint fondateur allait se débilitant. Les maux d'éfetomac le faisaient cruellement souffrir; les médecins lui ordonnaient de s'éloigner de Paris, dont le climat ne lui valait rien, et de rentrer en Espagne.
Il lui fallut abandonner pour un temps ses compagnons. Il partit à la fin de mars 1535. Son itinéraire devait l'amener en Italie au commencement de décembre de cette même année. Il ne fit donc que traverser l'Espagne. Il passa d'abord quelque temps à Loyola, qu'il ne devait plus revoir. De là, il dut gagner Obanos, à trois lieues de Pampelune et remettre au capitan don Jean d'Azpilcueta, son adversaire d'autrefois, la lettre de maître François^.
Non sans vivacité, le jeune professeur y vengeait son cher maître des calomnies qui l'avaient précédé en Espagne : « Croyez bien que, s'il était tel qu'on vous l'a dit, il ne se présenterait pas chez vous pour se livrer entre vos mains. Quel mal-