‹ Saint François XavierChapitre 463 sur 820 · Ibid., p · texte numérisé non relu

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Paul de Sainte-Foi et ses deux serviteurs. Ils venaient de passer dix mois au collège. On avaiteu le temps d'étudier en eux des spécimens nouveaux d'Asiatiques, tranchant d'une façon extraordinaire sur ce que l'on connaissait jusque-là. Rien de l'indolence hindoue. Paul de Sainte-Foi, dans son pays, ne passait pas pour instruit; mais il était curieux et intelligent. Il devait assez bien représenter la moyenne de ses compatriotes. En six mois, il avait appris le portugais et le parlait passablement. Tout ce qu'on lui expliquait, il le retenait. Surtout il n'avait rien de Tinintelligence des choses de Dieu, trop fréquente même chez les vieux chrétiens. Devant l'esprit de ces trois néophytes, tout un monde s'ouvrait. Paul y entrait de plain-pied, avec enthousiasme.

Xavier lui fit faire les Exercices sous la direction de Cosme de Torrès. Lui-même, Paul les donna ensuite à son « frère» Jean. « Ils en ont si bien profité, disait François, que, nous tous qui sommes ici, avons mille raisons d'envier les vertus que Dieu a mises en eux. » Yajiro rédigeait pour son usage personnel tout ce qu'on lui disait des choses de la foi. Il ressemblait si peu au commun des pensionnaires de Sainte-Foi qu'on l'admettait aux réunions de la communauté. Il portait la soutane courte des frères et prenait ses repas avec les religieux'.

11 écrivait à saint Ignace: «J'espère de Dieu, Créateur de toutes choses, et de Jésus-Christ crucifié pour nous racheter, que tout ce qui m'est advenu tournera à la gloire et à la propagation de la Foi. Les grâces particulières que j'ai reçues de Notre-Seigneur me font bien voir que là est la vérité. Tant de lumières, un tel apaisement de ma conscience, une si grande paix, en rendent aussi témoignage. Plaise à Dieu, par sa miséricorde, que je ne lui sois pas ingrat après de tels bienfaits, avec l'intelligence, mémoire et volonté qu'il m'a données, à ce que disent les Pères de ce collège. Ils s'étonnent de l'impression que font en moi les choses de Dieu; qu'en si peu de temps j'aie si bien appris à lire et à écrire; que j'aie pu entendre de si hautes doctrines, apprendre par cœur l'Évangile de saint Mathieu, que j'ai écrit en caractères japonais et divisé en plusieurs parties, afin

1. Mon. A'af.,p.477,537, 538; — Chos, t. ÎI, p. 47, 50 (P. Frois et annaliste de Macao ; — Set. Ind. Ep.^ p. 83 (P. C. de Torrès).

SAINT FRANÇOIS XAVIER. — T. II. ft

de les mieux retenir. Vos Révérences trouveront, ci-joint, des spécimens de caractères et d'écriture du Japon.

R Pourl'amourdeNotre-Seigneur, obtenez-moi par vos prières que, m'ayant tout donné, il ne laisse pas ses dons en moi sans aucun fruit, mais que tout y serve à sa louange et à sa gloire '. »

Les Pères du collège tenaient note, pour l'édification de leurs frères d'Europe, de tout ce qui les frappait dans ce Japonais. Ils l'interrogeaient aussi sur son pays, et, de ses réponses, tiraient un mémoire qu'ils envoyaient en Portugal 2. Gomme bien l'on pense, les choses d'Extrême-Orient, racontées par un petit marchand qui, du Japon, ne connaissait que sa province, se déformulant en passant par des imaginations occidentales. Sur la foi de son néophyte, l'ancien maître es arts de Paris croyait à l'existence de grandes universités, dans le Japon d'abord, puis dans un vaste pays situé « en arrière de la Chine et du Tartao^ à trois ans de distance du Japon, aller et retour, le Cliengico'^ ». De là était venue la religion japonaise, et Xavier se promettait, informations prises sur cette mystérieuse région, d'en instruire les écoles d'Europe. Déjà ses plans étaient faits. Préludant à une méthode qui restera celle des Jésuites, au lieu de s'attarder sur les côtes à fonder timidement quelques chrétientés sans influence, il ira droit à la résidence du « roi », puis aux écoles, attaquant ainsi l'idolâtrie à la tête, tâchant de gagner avant tout ceux qui ont pour eux l'influence, tâchant au moins d'obtenir d'eux la liberté. Puis il appellera au secours : « Je vous donnerai force détails, écrit-il à Rodriguez, sur leurs livres qu'ils disent tenir de Dieu. J'en écrirai de même à ceux de Coïmbre et de Rome, à toutes les universités, surtout de Paris, pour les réveiller de l'insouciance où ils

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